A peine un an après ses victoires aux Oscars dans les catégories meilleur réalisateur et meilleur film pour Birdman, le réalisateur mexicain Alejandro Gonzalez Iñárritu fait un retour époustouflant dans les salles.

Première moitié du XIXème siècle. Dans les contrées encore inhospitalières du Nord-Ouest américain, l’hiver vient souffler ses premières bises mordantes sur un camp coincé entre rivière et forêt.
De nombreuses peaux de bêtes sont entassées un peu partout, la coque d’un bateau claque sur l’eau remuante du cours d’eau voisin, une excitation manifeste se fait ressentir sur tout le campement. Une cinquantaine de trappeurs de tous horizons est sur le point de charger le fruit d’un dur labeur. C’est dans ce climat qu’une tribu indienne surgit d’un seul coup d’entre les arbres, faisant siffler leurs flèches et tournoyer leurs tomahawks. La poudre des « hommes blancs » leur répond, mais bientôt cela ne suffit plus. Le guide chevronné de l’expédition et son fils métis (issu d’une union avec une amérindienne), partis à la recherche d’un dernier gibier, reviennent précipitamment. En aiguillant les rescapés vers le bateau et récupérant les survivants, ils permettent qu’une vingtaine de braconniers reprennent les flots avec une partie de la cargaison.

Dans ces terres perdues où les collines déchirent continuellement l’horizon, véritable entrelacs de forêts et de torrents, ce guide nommé « Glass », devra affronter la puissance de la nature, la fureur indienne mais surtout la lâcheté des siens. Et c’est ce héros qu’incarne Leonardo Di Caprio lorsqu’il rampe, boite, court et défie la mort sous un ballet perpétuel de flocons de neige. C’est toute la force de cet épisode sauvage du trappeur emblématique de la Conquête de l’Ouest Hugh Glass qui nous est conté. Soufflant et éructant continuellement, scrutant les espaces comme un rapace avec ses yeux bleus perçants, l’acteur nous montre une nouvelle facette de son jeu.
Que ce soit notamment dans une lutte acharnée avec un grizzly ou lorsqu’il se perd dans les courants de rivières glaciales. Si de nombreux comédiens se distinguent dans le film, comment ne pas évoquer Tom Hardy, parfait contrepoint du héros dans le rôle d’un trappeur sans foi et sans morale, nous offrant un jeu tout aussi intense que celui de Di Caprio.

THE REVENANT
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Iñárritu, par son emploi d’une lumière naturelle (avec l’aide du formidable Emmanuel Lubezki à la photographie), ses travellings circulaires vertigineux et son rythme effréné réinvente véritablement le Western, même si on ne peut cantonner le film à ce genre. Le réalisateur chilien qui s’est inspiré d’un livre de Michael Punke (sorti en 2001) basé sur une histoire vraie, se rapproche ainsi davantage des récits sauvages de Jack London que de la mythologie synthétique du Far West qui a tant imprégné l’imaginaire et le cinéma.

Par Florian Bonnec