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Ultra rêve est un programme de trois courts-métrages, de Bertrand Mandico, Yann Gonzalez, Caroline Poggi et Jonathan Vinel, qui porte bien son nom. Voyage introspectif, baroque et surréaliste, ce trio nous entraîne dans un véritable rêve hédoniste où sentiments et érotisme sont à l’honneur. Ces trois films marquent l’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes qui sont en phase avec la jeunesse d’aujourd’hui et leur préoccupation pour la libération des corps et des esprits. Nous sommes spectateur des prémisses d’une révolution du cinéma français.

Parmi ces trois courts-métrages, nous avons la chance de découvrir Ultra Pulpe, le nouveau moyen-métrage du talentueux et novateur Bertrand Mandico. Il est le réalisateur des Garçons sauvages et de nombreux courts et moyens métrages.

« Jeunes filles en fleur, apocalypse after, mais surtout ultra pulpe, ultra pulpe ».  Le nouveau film de Bertrand Mandico nous plonge dès le début dans une orgie visuelle et sonore d’une beauté organique époustouflante. L’atmosphère est humide et apocalyptique. Une fumée vaporeuse enveloppe les personnages féminins dans leur nostalgie d’un passé perdu, où l’érotisme tangible suggère l’insurrection du désir par son rapport au temps et à la décrépitude. Joy, réalisatrice dépressive de films pornographiques (interprétée par la merveilleuse Elina Löwensohn), maltraite ses comédiennes et aspire à leur jeunesse. Au début du film Joy demande au personnage d’Apocalypse, sa maitresse, de faire un dernier plan nue. Cette dernière refuse, revendiquant la fin du tournage. Apocalypse est pour Joy le reflet d’une vie perdue, d’un érotisme révolu. Et tout le film est construit en récits enchâssés de ces femmes empreintes de nostalgie, comme plusieurs tableaux, lyriques et baroques, qui se mêlent et se répondent, formant comme un mythe hors du temps et de l’espace.

Ultra pulpe, film sur le cinéma qui joue avec le cinéma, apparaît comme étant un nouveau fil de la toile que tisse Mandico. Impossible de ne pas penser à Boro in the Box qu’il réalise en 2011. Nous y retrouvons le personnage d’un réalisateur de films en marge (dans Boro in the Box il s’agissait d’une inspiration du sulfureux Borowczyk), toujours interprété par Elina Lowensohn, et en confrontation avec lui-même. « Le cinéma est une bête poilue aux yeux verts », toujours présente, qui permet de communiquer avec les morts. Cette bête poilue peut nous rappeler la bête de Borowczyk comme l’écho d’un cinéma du passé qui finalement fait partie intégrante de celui de Mandico. Il communique avec les cinéastes d’avant pour faire un cinéma de maintenant. Ses films se mêlent et s’entremêlent pour finalement ne former qu’une seule œuvre aux significations et inspirations multiples. Mandico transcende ainsi l’art cinématographique, à l’image des personnages d’Ultra Pulpe qui transcendent leur condition de mortel grâce au cinéma lui-même (comme le personnage de Nathalie Richard, comédienne aux touches masculines rappelant Marlene Dietrich, qui ressurgit d’entre les morts).

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Nous pouvons dire que Mandico est le réalisateur d’un certain vulgaire poétique dont Elina Löwensohn en est la perle. Ils arrivent ensemble à étonner et à bousculer sans jamais déchanter. Il est également le réalisateur du féminin dans ce qu’on peut y retrouver de force, d’érotisme, mais également de masculin. Regarder un film de Bertrand Mandico c’est planner vers un autre univers, entre baroque, surréalisme et culture queer, et assister à une véritable révolution cinématographique détruisant les frontières.

Bertrand Mandico, avec Yann Gonzalez, Caroline Poggi, Jonathan Vinel, et quelques autres, sont les créateurs d’un nouveau cinéma d’une force et d’une beauté étonnantes. Un cinéma qui n’a pas encore de nom. Un cinéma post-apocalyptique peut être, cinéma sans code, cinéma d’une cohérente incohérence.

Ultra rêve
Sortie en salle le 15 août 2018