Jeudi 12 février, Mediamag a rencontré Julie Zenatti, à l’occasion de la sortie de son nouvel album,  « Blanc ». Rencontre avec une chanteuse sincère, drôle et touchante.

Mediamag : – Pourquoi avoir appelé l’album « Blanc » ? Est-ce lié à une certaine pureté, sobriété de l’album et de ses sonorités ?

Julie Zenatti : -En quelque sorte oui ! C’est amusant de percevoir ça au travers du son et de ce que ça dit. Ça veut dire qu’on ne s’est pas trompé de titre ! Blanc, parce que c’est un album que j’ai fait de manière instinctive, j’ai suivi mes envies, mes émotions, mes doutes… Je pense que je suis allée affronter certaines peurs. J’ai posé des petits mouchoirs là où c’était trop douloureux, j’ai levé des drapeaux là où c’était trop tendu. D’où le blanc, maintenant j’ai plein de couleurs à mettre pour que ce soit encore mieux.

– L’album apparaît comme un livre ouvert. Est-ce que c’est un album dans lequel vous vous dévoilez un peu plus ?

– Au départ ce n’était pas vraiment mon idée, je voulais juste faire des chansons. Et puis naturellement, j’ai raconté ce que je vivais : le cap des 30 ans, devenir maman, prendre le temps pour réfléchir à ce qu’on a envie de faire et revenir à quelque chose de plus authentique. Naturellement, cet album ressemble à un journal intime mais j’avais envie que ce soit l’album que j’ai envie de donner à ma fille, de lui raconter comment j’étais avant elle, ce que je suis devenue, toute la partie qu’elle ne connaît pas de moi. Si elle a envie de savoir qui était sa maman avant elle, j’aimerais qu’elle puisse pouvoir le savoir en écoutant ce disque.
C’est aussi un album où j’ai accepté le regard bienveillant des autres sur moi, ce qui m’a apaisée et m’a rassurée. Du coup, c’est un album où je prends mon temps pour tout : dans ma manière de chanter…

– Dans votre clip « Les Amis », vous parlez de la trentaine. C’était un thème important pour vous ?

La trentaine c’est un cap. On n’aime plus de la même façon, on ne quitte plus de la même façon, le regard de ses parents change sur l’enfant qu’on n’est plus et le rapport à la mère change. Il y a énormément de choses qui bougent à ce moment-là. Il faut prendre des décisions pour le reste de sa vie. Le moment où j’ai eu 30 ans, c’est le moment où j’ai décidé d’être heureuse. A un moment, quand on court pour quelqu’un d’autre [en parlant de sa fille], on se trouve une force, et toutes les choses ont un goût. Je pense que le métier que je fais est un métier assez compliqué, parce qu’on peut ne jamais être rassasié : les gens vous donnent énormément d’amour, ils s’en vont, ils reviennent, on ne peut jamais vraiment avoir de but mais quand on a une petite fille à la maison, on se dit « oui, j’ai envie d’être heureuse parce que c’est ce que j’ai envie de lui apprendre ». Finalement, le cap de la trentaine a donc été le cap de l’apaisement.

– Sur votre album, il y a des collaborations avec notamment Da Silva, Patrick Fiori…. Pourquoi ce type de collaborations ?

– Avec Da Silva, on a eu un feeling tout de suite et on a commencé à faire des chansons. Ça a été ma première rencontre sur cet album. Et la première chanson qui a été créée, c’est « A l’Ouest », on a fait une quinzaine de chansons pour en garder six sur l’album. Puis j’avais envie de faire une chanson avec un ami, et je me suis dit que je ne pouvais pas le faire sans demander une chanson à Patrick, qui est la première personne avec qui j’ai fait une chanson, « Si je m’en sors », la chanson qui m’a portée au public. J’ai aussi fait un duo avec Grégoire.

– Vous avez pris du temps pour cet album. Vous en aviez besoin ?

– Oui. J’avais besoin de prendre du recul, de vivre pour pouvoir écrire. Je n’ai pas l’impression d’avoir pris 5 ans mais en fait si. C’est dans le regard des autres que j’ai vu que j’avais pris beaucoup de temps mais c’était nécessaire pour dire ce que j’avais à dire.

– Votre carrière a commencé très tôt [elle a commencé à 17 ans, dans la comédie musicale Notre-Dame de Paris], comment avez-vous géré votre carrière, et, est-ce qu’il y a un secret pour garder vos fans depuis ces années ?

– Je ne pense pas qu’il y ait de secret. J’ai eu la chance de commencer par une aventure choisie par le public, c’est lui qui a fait ce qu’on est tous les 7 aujourd’hui. Le public nous a portés, dans les moments tubesques mais aussi les plus difficiles. On a eu la chance de commencer par de très grandes chansons qui nous ont mis en valeur.

– Pour sortir du cadre de l’album, quelles sont vos influences depuis le départ ?

– Whitney Houston. Depuis mes 8 ans, j’ai toujours été fan de cette voix. Par déclinaison, j’ai aimé Sia, Mary J. Blige, Beyoncé… Et puis ma culture musicale a évolué : j’ai toujours fantasmé sur des voix féminines, parce que c’était des références puis des manières d’apprendre, et j’ai commencé à m’intéresser aux voix d’hommes : Elliott Smith, The Kills… En les écoutant, j’arrive à être assez détendue, leur univers ne me semble pas inaccessible. C’est une couleur de son que j’ai voulu retransmettre dans l’album. Pour moi c’est ça la musique, c’est la variété.

– Quand vous avez de nouvelles idées de chanson(s), les faites-vous écouter à vos proches, votre famille, vos amis ?

– A mes amies. C’est mon premier public. Elles ne me disent pas « J’aime / j’aime pas », elles me disent « c’est toi / c’est pas toi » ce qui est très différent. Ou alors « t’aurais pu faire ça y’a cinq ans ». Ce sont des guides, ça a été mes balises sur cet album.

– Est-ce que vous avez une idée de vos envies de jouer sur la scène pour la prochaine tournée ?

– Oui, je chante essentiellement les nouvelles chansons de l’album mais aussi des chansons qui sont des repères pour le public. J’ai de super musiciens, donc ça sonne aussi bien que l’album. On a ré-inventé certains titres, et comme d’habitude je parle beaucoup, je fais beaucoup de blagues. Il n’y a aucune distance avec le public, je n’aurai pas 48 danseurs, un hélicoptère [rires]… C’est presque comme si j’étais dans leur salon.

– Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour 2015 ?

– Que les gens se retrouvent et me retrouvent dans cet album.

– Une toute dernière question, qui pourrait intéresser quelques lecteurs qui auraient envie de suivre vos pas, quel(s) conseil(s) donneriez-vous ?

– Ne pas avoir peur du temps qui passe, ne pas succomber à la mode. Il y a un diktat de la jeunesse, surtout pour les chanteuses, mais il faut savoir prendre son temps et toujours penser qu’il y a toujours un moment.

Merci beaucoup à Julie Zenatti, pour son temps et sa gentillesse. Merci également à Universal qui a accueilli Mediamag dans ses locaux.
Pour les curieux, voici son nouveau clip, « Les Amis ». L’album « Blanc » sortira le 30 mars 2015.