Après un parcours musical sous le pseudo Oshen, des chroniques sur France Inter et son spectacle La lesbienne invisible, Océane Rose Marie revient cette saison sur la scène de la Gaîté Montparnasse, avec un show intelligemment écrit et un militantisme affirmé, nommé Chatons Violents

Ce spectacle dépasse les “simples” woman show divertissants que l’on pourrait trouver dans les différentes salles parisiennes et provinciales. Tout au long de sa représentation, Océane Rose Marie dénonce les clichés sans la moindre retenue. Elle assume jusqu’au bout son engagement contre les inégalités et injustices sociales de notre société actuelle, tout en laissant place à l’humour. Chatons violents est comme un hymne à la tolérance et à la non-violence, où parmi tant d’autres, l’insouciance du Bon Blanc Bobo (dit “BBB”) voulant sauver le monde est moquée. Ce BBB dit bonjour à Mohammed l’épicier du coin (c’est déjà beaucoup). Il ne se sent donc pas obligé de lui payer  ses produits tout de suite. Mohammed attendra.

Nous nous sommes entretenus avec l’humoriste afin d’en connaître un peu plus sur l’origine du spectacle, sa construction et sa performance scénique.

Comment as-tu eu l’idée de ce spectacle? Comment as-tu procédé à l’écriture de ce woman-show ? On remarque que tu partages beaucoup d’articles engagés qui touchent au thème de ton spectacle sur les réseaux sociaux. 

  • Pendant les 4 ans ½ où j’ai joué La Lesbienne Invisible, mon militantisme s’est forgé, j’ai rencontré beaucoup de personnes engagées. J’ai pris conscience du fait que :
    – J’étais blanche, ce qui va avec beaucoup de privilèges, notamment celui d’avoir mis 35 ans à s’en rendre compte.
    – La discrimination que je subissais avait beaucoup de points communs avec les autres discriminations ( quand tu es lesbienne on te dit « faut absolument que je te présente mes copines lesbiennes ! » et quand tu es noir on te dit « faut absolument que je te présente mon ami noir ! » ) donc même si encore une fois la « blanchité », cumulée à l’origine sociale bourgeoise, fait que les discriminations sont différentes, on peut repérer des « mécanismes types » de domination.
    En travaillant sur France Inter j’ai été plus immergée dans l’actualité.  Ces derniers temps, entre les élus PS anti-PMA et l’aggressivité des gens de gauche vis à vis des militants anti-racistes, j’ai eu envie de parler de ce racisme discret mais néanmoins systémique, qu’on ne perçoit que si on s’y intéresse vraiment.

Chatons-Violents, est un titre qui assemble deux mots complètement en opposition (ou presque, les chatons, ça peut griffer non ?) C’est en fait tourné comme un résumé de ton spectacle: Le côté mignon de l’humour “love les chatons ” opposé à la violence de la réalité ?

  • C’est vrai. Les chatons c’est doux c’est mignon, c’est l’image opposée de la violence. Hors dans le spectacle je voulais parler de la violence, la violence non-identifiée en particulier c’est à dire notre propre violence, qu’on trouve toujours légitime : quand on est énervé, on pense toujours qu’on a raison, que notre aggressivité est une « saine colère ». Les chatons violents, pour moi, ce sont ces gens dits « de gauche » ou de gauche modérée, auto-proclamés antiracistes et qui se considèrent comme chatons, comme gentils, pour l’égalité, avec une conscience écologique et citoyenne, mais qui, en fait, sont aussi très violents sans forcément s’en rendre compte. Pour moi, le repli communautaire le plus violent et puissant qui s’exerce en France est celui d’une élite, blanche à 90% , qui garde bien au chaud ses privilèges et se complait dans un entre-soi ahurissant.

Comment l’aurais-tu appelé autrement?

  • J’avais d’abord pensé à L’amour et la violence  en référence au sublime titre de  Sébastien Tellier car mon spectacle parle d’amour, de l’amour de son conjoint et plus largement de l’amour de son prochain. Mais ce titre faisait un peu trop « sérieux » et gommait la dimension humoristique très présente du spectacle.

Pourquoi avoir choisi un autre metteur en scène que toi? Sachant que tu as notamment mis en scène “Sapin le jour Ogre la nuit” de Sophie Marie Larrouy?

  • J’avais besoin d’un regard extérieur. J’adore le travail de Mikaël Chirinian, sa précision, son côté « obsessionnel » et je rêvais de travailler avec lui. D’ailleurs pour son prochain spectacle, il est fort possible que je sois co-metteure en scène ! Tous les rôles peuvent s’inverser quand on travaille le seul en scène.

Dirais-tu que ton spectacle fait acte de militantisme contre les clichés scandés d’aujourd’hui ?

N’as-tu pas peur de passer pour l’humoriste limite démagogique en dénonçant tous ces clichés?

  • Non. Prendre un parti qui contredit la pensée dominante (sur le voile et la prostitution par exemple), c’est forcément militant et risqué, puisque c’est un point de vue minoritaire. Malheureusement, à ce jour, dire que la gauche mainstream est elle aussi raciste n’est pas reçu comme un cliché, mais plutôt comme un “scandaaaaale” !

 Il y a des représentations en province de “Chatons Violents”. Penses-tu donc que des gens n’ayant jamais mis les pieds à Paris puissent comprendre cette tendance des “BBB” parisiens qui traînent au bord du Canal Saint Martin le dimanche pour un brunch ?

  • J’ai déjà joué mon spectacle en province et ça s’est très bien passé. Les provinciaux connaissent forcément Paris et voient bien de quoi je parle quand je décris la parisienne qui s’installe à Montreuil, même s’ils ne connaissent pas spécifiquement Montreuil ou que certaines « géolocalisation » leur échappe ! Il y a des BBB et des mouvements de gentrification forts aussi en province.

Tu as un débit assez impressionnant . Quelle est ta recette magique pour atteindre cette élocution parfaite ? Cela en devient une performance scénique…on a envie de respirer à ta place !

  • Merci ! J’avais envie qu’il y ait une dimension « performative » dans le spectacle. En tant que spectatrice, j’aime les performances, si elles racontent quelque chose. J’étais sportive de haut niveau à l’adolescence et je suis toujours très sportive, j’aime le dépassement de soi !
    Et puis sur France Inter je me faisais toujours reprendre parce que je parlais trop vite donc c’était un peu une façon de me venger…. !

Et oui, les chatons c’est vendeur, mais quand ils sont violents, ils le sont encore plus. Du moins pour OceaneRoseMarie, qui a plusieurs fois eu le privilège de jouer dans une salle comble. Théâtre de la Gaîté Montparnasse du dimanche 4 octobre au lundi 4 janvier 2016. Les dimanches et lundis à 20h30. http://www.gaite.fr/spectacle-theatre.php?id=122

bands_ORM-presse_01 © BARRERE & SIMON

Merci à Fanny, Océane & Adeline