Le 13 avril dernier, les films en compétition à la 70e cérémonie du Festival de Cannes ont été annoncés.

Sur les 18 films faisant parti du Palmarès, à la surprise générale, Netflix s’invite pour la première fois, avec 2 de ces productions : « The Meyerowitz Stories » comédie dramatique américaine réalisée par Noah Baumbach et « Okja » aventure fantastique américano-sud-coréenne réalisée par Bong Joon-ho.

«L’engagement du Festival de Cannes à offrir une place exceptionnelle aux films des auteurs les plus reconnus est unique. Nous sommes très honorés d’avoir l’opportunité d’y présenter, pour la première fois, deux de nos films les plus attendus réalisés par Noah Baumbach et Bong Joon-Ho», a déclaré via communiqué de presse Ted Sarandos, directeur des contenus de Netflix.

Alors que le géant américain de la SVOD vient d’annoncer qu’il allait franchir le cap des 100 millions d’abonnés ce weekend, les 2 nominations surprennent voire dérangent. Ces deux œuvres financées, produites et distribuées par Netflix sont nommées en compétition officielle mais déjà prêtes à sortir exclusivement en ligne grâce au streaming. Netflix voudrait proposer ses films originaux en même temps en salle et en ligne, mais la firme s’est heurtée à plusieurs reprises aux distributeurs, qui craignent de voir leur modèle affaibli. Les exploitants indépendants, déjà fragilisés, se verraient ainsi privés de films potentiellement porteurs.

C’est lors du Festival de Cannes 2016 que Netflix avait commencé à faire les yeux doux au cinéma français en achetant les droits de diffusion de trois films : « Divines », de Houda Benyamina (Caméra d’or 2016), « Mercenaire », de Sacha Wolff, tous deux présentés à la Quinzaine des réalisateurs, et « Le Voyage au Groenland », de Sébastien Betbeder.

Après l’annonce du Palmarès 2017, certains acteurs de l’événement n’approuvent pas que le service de vidéo à la demande s’invite à Cannes. Pourtant la légitimité de cette présence n’a pas à être remise en cause, Netflix n’a pas à rougir de la qualité de son offre. Depuis 2013 et le succès rencontré dans la production de séries (146 prix reçus of 707 nominations à ce jour aux Emmy Awards, Golden Globes etc.), c’est en octobre 2015 que Netflix s’est résolument tourné vers le cinéma. Si bien que différents acteurs majeurs du box-office s’invitent régulièrement dans les productions Netflix : Kevin Spacey dans « House of Cards », Brad Pitt dans « War Machine » réalisé par David Michôd, les frères Wachowski (Matrix) avec la série « Sense8 », Winona Ryder « Stranger Things » ou encore David Fincher avec « Mindhunter ».

En 2017, selon les calculs du site Decider, Netflix a d’ores et déjà annoncé ou mis en ligne 35 longs métrages. Le mode de fonctionnement de Netflix est en cohésion avec la manière dont est consommée la culture aujourd’hui pour les séries en grande partie, mais aussi le cinéma. L’objectif du géant américain est de fidéliser un maximum d’abonnés en leur proposant du contenu qu’ils ne trouveront pas ailleurs, permettant également une vraie liberté créative à ses auteurs. Netflix est rentré dans la cours des grands et a reçu son premier adoubement par l’industrie du cinéma au début de l’année. Pour la première fois dans l’histoire, Netflix a été récompensé aux Oscars en février dernier pour « Les Casques blancs », primé dans la catégorie documentaire de format court. Un premier signal encourageant qui démontre aisément que Netflix et industrie cinématographique peuvent être compatibles.

Par Tristan Munoz