C’est la première fois que notre journal parle d’un long métrage diffusé sur une plateforme de streaming. Nous ne pouvions pas passer à côté de ce film essentiel et important porté par une équipe de passionnés. Trois ans… C’est le temps qu’il aura fallu  pour que cette équipe jeune et inventive réalise ce film. 

« L’idée c’était de faire un film sur notre époque, de parler de notre génération, sans attendre la permission de personne… » Expliquait l’actrice du film Noémie Schmidt dans la vidéo de présentation du projet. En une phrase, le projet se démarque de tout ce qui peut se faire au cinéma actuellement pour revenir à une chose fondamentale :Tourner dans la rue avec de tout petits moyens comme pouvaient le faire les réalisateurs de la Nouvelle Vague.

L’histoire

Anna et Greg vivent le parfait amour, les saisons passent et tombent amoureux. Un an plus tard, Greg doit partir travailler à Barcelone. Anna décide de le rejoindre après beaucoup de réflexion et d’hésitation afin qu’ils continuent de vivre ensemble cet amour. Par un destin ‘’chanceux’’, Anna ne prend pas cet avion… L’avion s’écrase… Anna a évité la mort mais une partie d’elle s’en est allée. Elle se laisse peu à peu périr dans la peur et s’éloigne de la réalité. Paris devient alors le miroir de sa détresse émotionnelle.  


Le film porte en lui des messages importants sur l’évolution des consciences et sur ce que l’on ne voit pas traditionnellement dans le cinéma d’aujourd’hui. La caméra est très proche du personnage d’Anna (Noémie Schmidt). Ce qui explique que nous, spectateurs, nous sentons quasiment comme son frère siamois. Nous vibrons avec elle et sommes les témoins de ses émotions, qui deviennent de plus en plus violentes. 

Anna vit un amour heureux, le fait qu’elle ne rejoigne pas Greg à Barcelone va  à l’encontre du souhait du spectateur qui aime l’universalité du sujet amoureux. C’est précisément cela l’élément déclencheur et le virage du film : de la perte de l’amour naît l’émergence de la peur. Anna est en pleine dualité : Doit-elle continuer  à vivre normalement ou alors doit-elle changer ? Ce personnage à la fois fort et fragile, est passionnée de danse. Cet art va lui permettre de se libérer de la peur. Elle ne parle pas de ses émotions mais nous les fait ressentir grâce à ses danses saccadées.

Greg et Anna échangent beaucoup en voix-off. Ces voix-off font penser à des poèmes de Rimbaud ou de Baudelaire, dans le sens où nous sommes obligés de lire entre les vers pour comprendre le thème principal. Le film est un questionnement continu : comment la vie pourrait être meilleure ? Ces voix-off sont ‘’fortes et intenses’’. 

Un côté “Nouvelle vague

Le film parle d’une génération qui se cache, qui se cherche et qui essaye tant bien que mal de se prouver des choses. Il parle d’une évolution constante des consciences, de la politique… Même si parfois cette évolution fait mal.
Le long métrage porte en lui un côté Nouvelle Vaguecar il est tourné dans les rues de Paris, mais aussi car il montre l’évolution d’une ville avec la peur qui l’entoure. Cet aspect se remarque surtout dans la manière de filmer Paris et les sentiments d’Anna basés sur ses mouvements. Le jeu de Noémie Schmidt fait penser à Jean Seberg dans A Bout De Souffle, un jeu vrai, rempli de sentiments. Noémie Schmidt joue un personnage qui grandit au fil des évènements. Pour tout cela, on pourrait dire que le film a en lui le côté « anticonformiste » de la nouvelle vague. Car dans ce courant, le réalisme est filmé. Ici la douleur est exorcisée par la danse.

“Paris est à Nous” prend la ville de l’amour pour raconter une histoire d’amour qui s’éteint. 

C’est un peu paradoxal, mais pas dénué de sens car tout cela va avec l’évolution de la conscience d’Anna. Au plus l’amour d’Anna se meurt, au plus nous rentrons dans les heures sombres de Paris avec des évènements reconnaissables (Nuit Debout, Discours de François Hollande et d’Emmanuel Macron, la crue de la Seine, les grèves après la loi El Khomri…). 

Le film est une sorte de triangle entre le couple, ses heures heureuses et ces heures sombres. Il est possible de penser que si le film n’avait pas été tourné dans Paris, l’impact aurait été moins frappant. En effet, le long métrage joue avec les codes et montre des endroits peu filmés par les caméras des films de notre époque. Ce qui accentue encore plus son côté réel. 

Colorimétrie

L’affiche du film peut directement faire penser aux émotions et aux ressentis d’Anna. Ce fond blanc pour sa pureté et cette couleur rouge pour la violence et pour les évènements qu’elle subit.
Les couleurs du film, sont elles aussi importantes. En effet, nous avons l’impression de voir des tableaux d’Auguste Renoir  pour leur côté réaliste, s’animer dans les rues parisiennes.

Avec Paris est à Nous, Elisabeth Vogler (nom d’emprunt à Ingmar Bergmann dans son film Persona) s’impose directement comme la descendante des cinéastes tels que Godard, Truffaut… Dans la dénonciation, dans les partis pris esthétiques mais aussi dans les dialogues réfléchis et non dénués de sens. Des dialogues à lire entre les lignes donc… 

Le film est grand dans ce qu’il nous raconte mais aussi dans la façon qu’il a de nous faire réfléchir sur la vie actuelle, la mort et la solitude.