Le film «Moi Tonya » est sorti en février 2018 mais a été très peu distribué dans les salles françaises : il fallait donc sauter sur l’occasion pour ne pas le louper !


Cela fait un peu plus d’un mois que les DVD et BLURAY du film sont disponibles à la vente, c’est donc l’occasion pour vous de le découvrir ou d’y revenir pour une deuxième lecture tant ce film est excellent et riche humainement, historiquement, techniquement ou bien même musicalement…

Margot Robbie incarne la patineuse rebelle Tonya Harding et comme souvent quand on porte un personnage célèbre à l’écran, un retour sur l’enfance et sur le milieu familial donne le ton du film : une enfance sans amour, dédiée au patinage, le travail acharné d’une jeune femme élevée « à la dure » qui va chercher à éblouir sa mère tyrannique, violente et alcoolo tabagique en se jetant dans des entraînements toujours plus exigeants… Et, comme souvent dans les passions dévorantes, elle y laissera sa vie amoureuse en chemin victime d’un mari violent et peut être jaloux de sa célébrité…
C’est aussi l’histoire d’un parcours sportif hors du commun : Tonya et sa technique du triple axel, ses combinaisons de sauts, sa hargne, ses doutes et ses nombreuses réussites…
C’est enfin l’histoire d’une quête «humaine », la reconnaissance de sa mère bien sûr mais surtout celle du monde du patinage artistique qui parfois ne jugeait pas seulement la performance sportive…
Oui, ce film est humainement riche quand il dresse le portrait de Tonya… Mais pas uniquement…
Ce film a aussi un caractère «historique » témoin d’une époque en nous replongeant dans les années 90, la chute de Tonya aux Jeux Olympiques d’Albertville en 92 puis les qualifications pour les Jeux Olympiques de Lillehammer en 94 et l’affaire «Harding – Kerrigan »…
Apparaît aussi en filigrane la dénonciation du système d’évaluation des patineuses en compétition par des juges plus ou moins sous influence dans une Amérique en “overdose médiatique”… Le film revient de même sur les origines «pauvres » de Tonya, les white-trash qui ne représentent pas la famille américaine idéale et qui obligent Tonya à coudre elle-même ses costumes sportifs faute de sponsors. Les juges sont dénoncés, se laissant influencer par les frasques et les paillettes plutôt que de se cantonner à juger les performances artistiques et techniques.
Historiquement, c’est aussi un retour sur l’agression de Nancy Kerrigan blessée au genou avec une barre de fer… A l’époque grande rivale de Nancy sur la glace, Tonya est soupçonnée d’avoir commandité et planifié l’agression… Tribunal, condamnation aux travaux d’intérêts généraux, radiation de la fédération et interdiction à vie de patiner… Un verdict qui rime avec tragédie sportive et humaine … Une affaire qui a bel et bien modifié les appréciations et le cours de l’histoire des Jeux Olympiques !
Le rôle de Tonya est interprété par Margot Robbie, nous prouvant qu’il ne faut pas la cantonner aux rôles de «bimbos » (Naomi Lapaglia dans Le Loup De Wall Street ou Harley Queen dans Suicide Squad). Dans ce long métrage qu’elle produit, Margot Robbie en Tonya casse complètement les codes, le politiquement correct est laissé de côté au profit d’un film “cash” qui a trouvé un juste équilibre entre humour, stress, violence, histoire vraie, réalisation maîtrisée et Rock N’ Roll. Hormis la prouesse d’apprendre le patin pour un film (sauf le très difficile triple axel reconstitué en effets visuels dans le film), elle incarne vraiment Tonya dans son impertinence, sa persévérance, son acharnement, son courage et sa fragilité aussi…
Allison Janey est elle aussi mise en lumière en mère féroce et alcolo tabagique. Sa transformation physique la rend méconnaissable. BAFTA, Golden Globe et Oscar 2018 du meilleur second rôle féminin sont amplement mérités… On regrettera cependant que Margot Robbie n’ait rien décroché pour son rôle, mais la concurrence était rude…

Un polar d’actualité ?

Il est possible de considérer le film comme un «polar d’actualité » certes, mais le réalisateur n’a pas voulu parler uniquement de l’affaire Harding-Kerrigan et son côté rocambolesque qui a fait le tour du monde. Il s’est intéressé à tous les travers de ce personnage hors du commun qu’est Tonya, son côté fascinant et ironique brisant les codes du quatrième mur. Et ce n’est pas pour nous déplaire à nous spectateurs car nous sommes pris dans ce tourbillon de glace et souhaitons connaître la suite de l’histoire même si nous la connaissons déjà…
Avec ce film, l’Australien Craig Gillespie revient aux longs-métrages comme il a l’habitude de les faire, il est le seul maître à bord comme dans Fright Night. On est bien loin de ses films de commande pour Disney (The Finest Hours, Million Dollar Arm) dans lesquels on sent un certain manque de liberté…

Côté technique…

La caméra n’est jamais fixe, ses mouvements accompagnent les personnages dans leur vie quotidienne, elle suit Tonya sur la glace caméra à hauteur de patins pour retranscrire le dynamisme, la vitesse, les prises d’élan, les impulsions des sauts et la recherche de la perfection… Donc ici le repos est très rarement de la partie et ce n’est pas un hasard si la bande originale soit si rythmée (ZZTOP, Dire Straits, HEART, Siouxsie And The Banshees…) : le Rock colle parfaitement à Tonya, à sa rébellion, à son caractère volcanique et à sa vie sulfureuse. Les musiques du film reflètent bien la femme ET  la sportive.
Le montage du film est assez particulier dans le sens où les interviews des personnages sont intercalées. A la suite de leur prise de parole, nous retrouvons les passages expliqués en image… Chaque intervention des personnages au micro est une pièce du “puzzle Tonya”, nous laissant la liberté d’interprétation à la manière des jurés d’un tribunal. Nous spectateurs, prenons obligatoirement parti comme si le réalisateur voulait réviser le procès une fois les tensions retombées.

Les femmes ne cherchent aucune excuse, ni Tonya, ni sa mère. Elles ne sont en aucun cas des modèles mais elles peuvent nous inspirer la volonté, la force, l’audace, la combativité, l’assiduité : le bon à cultiver et le mauvais à éviter… Durant deux heures dans notre fauteuil, nous vivons au rythme d’une battante qui ne baissera jamais les bras face à ses détracteurs, seule la privation de sa raison de vivre aura raison d’elle : privée de patins elle va momentanément se jeter dans la boxe anglaise…

Ce film n’est pas directement un récit de l’affaire “Harding-Kerrigan”, visiblement pas le but premier de Craig Gillespie mais plutôt un portrait de Tonya et une sorte d’arrêt sur image de l’époque…
Pourquoi ce portrait ? Pour comprendre ? Pour rétablir une «injustice » ? Au final, sommes-nous manipulés par les choix de Craig Gillespie ? Nous livre-t-il La vérité ou bien Sa vérité ?