En 2017, Manukeen sortait son troisième album “Modern Day Hero” dont les 10 titres racontaient l’histoire d’Evan, jeune homme faisant évoluer sa vie grâce à la musique. Après avoir clôturé sa tournée le 25 octobre 2019 au théâtre de Denain (59), il revient avec un nouveau single intitulé “Let Me Dream”. Le clip est dédié au spectacle vivant, durement touché par la crise sanitaire depuis mars. Mediamag a échangé avec Manukeen à cette occasion.

Pourquoi avoir choisi le théâtre de Denain pour mettre en scène ton clip ?

Le Théâtre de Denain est l’endroit où j’ai joué la dernière date de ma tournée Modern Day Hero. Il fallait que le message soit porteur. Je ne voulais pas faire un clip sur la crise sanitaire, on en parle beaucoup mais ce n’est pas très positif, je voulais parler de la situation dans nos métiers, des lieux culturels qui ne peuvent plus ouvrir. Comme c’ était la dernière date, ça permettait de mieux ressentir la situation, de passer du plein au vide, des salles remplies de monde qui s’amusent avec la mélancolie actuelle.

Manukeen lors du dernier concert du MDH Tour au théâtre de Denain, le 25 octobre 2019.

Quel est ton ressenti face à cette situation ?

Je décris ce que je ressens dans le clip : du manque, de la mélancolie. J’essaie d’expliquer que les métiers artistiques sont des métiers qui demandent beaucoup de sacrifice et de travail pour arriver à en vivre.
Pour moi, être artiste c’est donner du plaisir aux gens, on est là pour que les gens passent un bon moment ensemble. Hors là, j’ai l’impression de ne plus faire nos métiers. On passe d’une période de mars à décembre, dans trois mois ça fera un an que cette crise dure.

C’est un clip en soutien au spectacle vivant et pour le public, en manque de vie, de culture, d’oxygène.

On est passé d’un statut où on apporte du plaisir aux gens à un statut où on n’est plus si essentiels que ça… Je ne suis pas scientifique, ni politique, j’exprime simplement des émotions, des ressentis.

Tu as écris ce titre en 2017, dans lequel tu chantes “tout abandonner ou continuer “. Était-ce prémonitoire ?

Le titre n’était absolument pas prémonitoire quand je l’ai écrit. Par contre, forcément, il a une résonnance particulière aujourd’hui.

Quand j’ai écrit cette chanson là, je voulais terminer l’album assez rock par une ballade, une chanson simple, sans trop d’instruments. J’y parle des doutes des ressentis que l’on peut avoir en tant qu’artiste, est-ce que l’on va continuer, abandonner… On est empreint au doute, ça rappelle le lien fort avec le public, qui m’a amené jusque là. Dans ce titre, je leur demande de me laisser rêver.

Encore une fois, je ne voulais pas écrire une chanson sur le coronavirus. Quand on ira revoir ce clip dans un an ou deux, je veux juste qu’on voie le clip comme l’histoire d’un artiste qui a fait une tournée, qui a joué pour son public, qui a rempli sa dernière date et qui revient dans cet endroit avec avec des doutes. On en a tous, dans tous les domaines. Même quand on a réussi des grosses étapes.

Comment imagines-tu 2021 pour le spectacle vivant ?

J’essaie de rester positif là-dessus sans être trop naïf. Actuellement on sait que c’est compliqué. Si la situation reste comme l’est en ce moment, il faudra faire avec. J’espère que le spectacle vivant sera mieux considéré, c’est pas évident de se sentir la dernière roue du carrosse. En temps normal, on ne ressent pas ça. Ce métier m’a toujours fait rêver, l’art permet d’exprimer quelque chose sans limite et le public le rend merveilleusement bien. Et la culture aussi !

Manukeen au théâtre de Denain, en 2020.

Je reste persuadé que plus le temps va passer, plus les gens vont se rendre compte que c’est vital. Les gens sont en manque de vie, je voulais vraiment remettre des images du théâtre de Denain rempli, pour faire le grand écart avec ce qui se passe aujourd’hui. Quelque part, j’exprime ce que le public doit forcément ressentir. La plupart des retours sur le clip ont été du soutien et « ça nous manque d’aller voir des artistes ».

Quels sont tes projets pour l’année prochaine ?

J’avais écrit beaucoup de choses pendant le MDH Tour. Après la tournée, le confinement m’a permis de me poser, de revoir les idées avec du recul.

Si j’ai la chance de faire un quatrième album, je voudrais faire du français et évoluer les sons. Ce que j’avais écrit pendant la tournée ressemblait un peu trop à ce que je faisais déjà. J’ai besoin de sortir de ma zone de confort et élargir le champ des possibles, en gardant à l’esprit de faire bouger les gens et d’envoyer de bonnes ondes.

Il y a de plus en plus de monde qui découvre ce que je fais. C’est à moi de proposer de nouvelles choses. Il y a un côté romantique là-dedans :
on écrit une histoire avec le public, on partage, on échange.

J’ai besoin de sortir de ma zone de confort et élargir le champ des possibles, en gardant à l’esprit de faire bouger les gens et d’envoyer de bonnes ondes. C’est le plus important.

Pour suivre l’actualité de Manukeen :

Facebook

Twitter

Instagram

Site web