“Buñuel, après L’âge d’or” de Salvador Simó est sorti cette semaine au cinéma. Luis Buñuel n’étant pas un réalisateur comme les autres, nous allons d’abord nous replonger dans son époque. Une époque, où l’art cherche à faire réfléchir son spectateur par des images “subliminales”.

Le cinéma de Buñuel

Des femmes et hommes, le mouvement surréaliste en peinture, le cinéma largement provocateur aux yeux d’une grande majorité des gens, la puissante vigilance du culte en France, tout cela dans une période qui sent déjà le nationalisme.

Mais aussi : une remise en question des conventions, des contraintes idéologiques et esthétiques, des idées fortes contre la richesse, la religion et la ‘’bourgeoisie’’, la lutte contre l’esclavage au travail, le rêve, le fantasme, la liberté, l’indépendance… Tels sont les sujets du cinéma de Buñuel, créant un univers presque hallucinatoire.

L’Âge d’Or, scénarisé par Dalí, est sorti en 1930 à Paris. Après une première projection fracassante, le film est de nouveau projeté le 30 novembre 1930 au Studio 28 de Montmartre, associé d’une exposition sur le mouvement surréaliste. Les lieux sont saccagés, les photos de Man Ray déchirées et les tableaux de Dalí, Max Ernst ou Miró lacérés. Le film est qualifié de ‘’film injurieux pour la famille, la patrie et la religion”. La censure est réclamée et le film est saisi. C’est un échec retentissant pour Buñuel, sans argent, critiqué et désavoué.

Va-t-il remonter la pente pour accéder à la ‘’reconnaissance’’ ?

Et c’est là que la thèse de l’historien Maurice Legendre va prendre toute son importance en étant le ‘’starter’’ (lire “Las Jurdes : étude de géographie humaine”). Le photographe Éli Lotar donne le manuel à Buñuel, persuadé que tous les arts sont ‘’bavards’’. Ramón Acín de son côté, lui fait la promesse : si jamais il gagne à la loterie, il lui produit son film. Cette promesse faite dans un bar a toutes les chances de ne jamais se réaliser. Pourtant, trois semaines plus tard Ramón gagne. Encore plus incroyable, il tient sa parole. Avec Eli, Pierre le cameraman et son ami Ramon, Buñuel part pour Las Hurdas faire son film. Le projet “Terre sans pain” est lancé…

En 1933, après un tournage d’un mois sur site de fin avril à fin mai, sort le moyen métrage documentaire “Terre Sans Pain” sur les conditions de vie dans la région Las Hurdas d’Extremadura en Espagne, juste avant la guerre d’Espagne et l’arrivée de Franco au pouvoir. Buñuel a redonné un souffle nouveau à sa carrière cinématographique, il pose aussi une charnière à son œuvre en s’éloignant du surréalisme pour se rapprocher du communisme en livrant un film assez subversif dirons-nous…

Synopsis du film “Buñuel, après L’âge d’or” de Salvador Simó

Suite au scandale de la projection de l’Âge d’Or à Paris en 1930, Luis Buñuel se retrouve totalement déprimé et désargenté. Un ticket gagnant à la loterie de Noël 1932 acheté par son ami sculpteur Ramón Acín va changer le cours des choses : ce dernier va honorer sa promesse et va permettre à Buñuel de réaliser le film Terre Sans Pain et de retrouver foi en son incroyable talent…

On en pense quoi ?

Jean Luc Godard disait “avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout…’’ Salvador Simó choisit de nous raconter une histoire vraie. Son film Buñuel, Après l’Âge D’Or possède plusieurs ‘’cordes” qu’il entremêle afin de montrer le tournage de Terre Sans Pain dans ses moindres détails. Quel bonheur que le cinéma permette de se plonger dans ce contexte historique secoué par un mouvement artistique ‘’libéré du contrôle de la raison”. Quel bonheur de visiter les coulisses de l’œuvre Terre Sans Pain et de se centrer sur le cinéaste blessé par un échec et surtout sur l’homme qui se questionne sur son œuvre et son pays en danger !

Le film Buñuel, Après l’Âge D’Or est un montage alterné entre de l’animation et des vraies images du documentaire de Buñuel. Original, moderne, malin pour ne pas tomber dans l’ennui et surtout nécessaire pour rendre à ce film tant décrié tout ce qu’on lui doit.

Le film est aussi une déclaration d’amour au cinéma, à Buñuel, au mouvement surréaliste et surtout à l’amitié : ‘’c’est une forte histoire d’amitié ‘’déclarait le réalisateur Salvador Simó avant le début de la séance, expliquant l’espèce de traversée du désert vécue par Buñuel touché par les réactions d’incompréhension du public après l’Âge d’Or, soutenu par ses amis qui ont su voir le talent en lui mais lâché par de futurs producteurs…

C’est enfin un bon moyen de rappeler que L’âge D’or appartient à la catégorie des chefs d’œuvre à part entière, à la fois pour ses partis pris mais aussi pour son audacieuse originalité et liberté. Car enfin, aussi surréaliste soit il, c’est un film très important dans le monde du cinéma comme tout film qui ouvre une voie nouvelle parce qu’il ose. Le réalisateur Salvador Simo retourne en Espagne après une longue carrière à l’international (Pirates Des Caraïbes 5, Passengers…) pour un cinéma plus riche en émotions.

Le choix de Salvador Simó de nous montrer Buñuel au travail et en équipe signe une volonté d’insister sur l’homme blessé en pleine remise en question, faisant le choix d’un autre ‘’style” de cinéma et tournant la page du surréalisme.
Au plus nous avançons dans le long métrage, au plus nous sommes confrontés à des habitants très pauvres et une sans cesse remise en question de la part du réalisateur.

Bande originale

La bande originale du long métrage nous emporte dans un monde surréaliste, tout en restant très explicite et nous démontre un artiste sans cesse en formation de son art. La bande originale nous rappelle un artiste qui est perdu dans un grand et long labyrinthe. Luis Buñuel, est un artiste qui recherche sa voie et la musique le reflète bien.

Le long-métrage nous marque de part l’importance de ce qu’il raconte. Il nous raconte le tournage d’un film et de tous les problèmes que nous pouvons rencontrer, surtout quand le film est à petit budget. 
Finalement, grâce à ce film, Salvador Simó nous ‘’donne’’ un autre Luis Buñuel à découvrir et apprécier dans un genre différent du biopic… appréciable actuellement alors que le biopic devient un classique.