Comédienne d’abord au théâtre puis au cinéma, Lola Marois vient de publier son premier roman, « Bad Girl » (éditions Hugo), un livre assez sombre qui met en scène Enja, une jeune parisienne un peu paumée, dans le milieu de la nuit, entre drogue et prostitution. Lola Marois a également intégré la série « Plus Belle la Vie » il y a quelques mois, prêtant ses traits à Ariane Hersant, une flic un peu bourrue et raciste sur les bords qui va donner du fil à retordre à Samia Nasri. Lola Marois évoque longuement ces deux actualités…

Mediamag : Comment décrirais-tu « Bad Girl » ?

Lola Marois : Je dirai que c’est un roman contemporain avec des scènes assez crues mais qui n’est pas non plus un roman érotique, ce qui est pourtant très à la mode. C’est un roman qui parle d’une fille remplie de désillusions, de déboires, de joies qui sont éphémères. Je n’ai pas l’impression qu’elle accède vraiment au bonheur dans sa vie. « Bad Girl » raconte une descente aux enfers et une vie dramatique, le destin sordide d’une fille, Enja, qui n’a pas eu les codes du bonheur. C’est  même un bad trip, celui d’une génération de trentenaires un peu perdus, qui ont du mal à prendre de l’âge, qui ressassent leur jeunesse, leur liberté. Il y a aussi le rapport à l’enfance : ce livre raconte le mal-être d’une fille qui a toujours manqué de maman, c’est un appel au secours à sa maman, c’est d’ailleurs pour ça que le livre se termine de la sorte. Ce n’est finalement qu’un gigantesque appel de phares à sa mère. Voilà comment je vois les choses.

Mediamag : Comment est né ce personnage d’Enja que tu mets en scène dans ton roman « Bad Girl » ?

Lola Marois : J’avais envie d’écrire sur un sujet un peu trash, un peu sous-terrain, interdit, pour lever le voile sur les nuits parisiennes, sur l’argent facile, la cocaïne… En somme, ce que j’ai connu étant plus jeune, et, quelque-part, ce que j’ai, heureusement, évité comme parcours. J’aurai pu dévier là-dedans autour de la vingtaine. Pour en revenir au personnage, j’avais envie de créer un personnage comme Enja qui, finalement, est assez sombre, revenu de la vie, et d’y mettre tout ce qui m’obsède, m’intrigue et m’intéresse, comme le temps qui passe, la beauté qui fane, les sensations de première fois perdues.

Mediamag : Pourquoi avoir choisi de raconter l’histoire à la première personne ?

Lola Marois : C’était plus simple pour moi d’écrire à la première personne afin d’y mettre aussi de ma personnalité, d’être proche d’Enja dans le sens où moi aussi j’ai un côté un peu dur parfois et une vision de la vie qui est un peu cynique et pas toujours très joyeuse. Il m’arrive d’avoir des similitudes avec mon héroïne et j’ai voulu jouer sur l’ambigüité, et raconter cette histoire comme si c’était un reportage caméra à l’épaule. Il y a beaucoup de moi dans ce personnage et j’ai poussé à l’extrême quelqu’un qui aurait pu être moi si j’avais pris ce chemin.

Roman "Bad Girl" de Lola Marois chez Hugo & Cie

Mediamag : Effectivement, quand on lit la description physique d’Enja et sa biographie familiale, notamment avec sa grand-mère en Espagne, on peut penser à toi. A quel point Lola a-telle influencé Enja ?

Lola Marois : J’y ai mis beaucoup de moi car c’était plus facile que d’inventer. Ce que je raconte est assez réel : j’ai vu tout ça de près. Après, je n’ai pas la prétention d’être aussi jolie que l’héroïne de mon roman, j’en ai fait vraiment une personne trop jolie pour être heureuse. Je me suis amusée à mettre des détails de ma vie car j’avais envie de les coucher sur papier. Ça m’a plu de jouer sur cette ambigüité car j’étais certaine qu’on allait me demander si c’était autobiographique. Il y a, au final, beaucoup de mes travers et de mes dérives dans ce personnage.

Mediamag : Combien de temps t’a-t-il fallu pour écrire ce roman ?

Lola Marois : Environ trois ans pour qu’il soit terminé, réduit. Au départ, il était beaucoup plus long. J’ai du faire de nombreuses coupes car le roman avait un style trop littéraire alors que je voulais quelque-chose de plus cru. Je me suis penchée sur le style, en m’obligeant à scinder le récit pour lui donner un côté plus nerveux. Je me suis forcée à écourter beaucoup de passages. A mi-parcours, j’avais l’impression que l’essentiel n’était pas dit et que ce qui était dit n’était pas essentiel. J’ai retravaillé pour que chaque phrase et chaque chapitre ait son importance.

Mediamag : Est-ce que ça a été difficile de trouver un éditeur ?

Lola Marois : Oui. Je pense que le fait que je sois Madame Bigard [NDLR : Lola Marois est mariée à Jean-Marie Bigard. Ensemble, ils ont deux enfants] à la ville ne m’a pas forcément aidée. Je n’ai pas énormément de crédit dans l’intelligentsia parisienne et même ailleurs en France. Et, à force de m’acharner, j’ai trouvé un éditeur qui a été assez courageux pour éditer « Bad Girl »  malgré mon âge, car 34 ans, c’est assez jeune pour un premier roman, d’autant plus que je n’ai pas de passé littéraire à part « A demain mes amours » qui est un témoignage. Hugo a eu le courage de se lancer et a osé  me suivre dans mon projet. Je les en remercie énormément car ils m’ont permis d’éditer mon premier roman, ce qui est très compliqué en France. J’ai essuyé énormément de refus.

Mediamag : As-tu prévu d’écrire un deuxième roman ?

Lola Marois : Oui, j’ai commencé mon deuxième roman, enfin j’essaie car je manque un peu de temps. J’ai vraiment besoin d’écrire pour vivre. Ce sont des petites nouvelles qui s’entrecoupent et se rejoignent, les personnages vont s’entrecroiser, et ça s’appelle « Chroniques d’une vie parisienne. » J’espère que ça verra le jour, mais ça dépendra aussi du succès du premier roman. « Bad Girl » s’annonce plutôt bien malgré le peu de promo. C’est une satisfaction par rapport au travail fourni.

Lola Maroins interprète Ariane Hersant dans Plus Belle la Vie

Mediamag : Pour évoquer ton autre actualité, ton rôle dans « Plus Belle la Vie », qu’est-ce que ça fait d’interpréter Ariane Hersant qui est, de prime abord, détestable et ton opposé ?

Lola Marois : Finalement, elle n’est pas tant que ça l’inverse de moi… J’ai moi-même des origines maghrébines du côté de ma mère, il est évident que je suis tout sauf raciste. Sur ce côté là, quand Ariane est arrivée dans la série, complètement xénophobe, une sale flic comme je les déteste, ça m’a beaucoup amusée de faire ce contre-emploi. Mais, après, j’ai trouvé en cette fille une grosse faille. Au fur et à mesure que je recevais les textes, je me disais, qu’elle était très  malheureuse pour mettre cette carapace en étant brute de décoffrage, un peu vulgaire et, finalement, c’est une femme amoureuse. C’est comme Enja, quand elle tombe amoureuse de ce petit voyou des beaux quartiers, qui rend dingues les filles. Ariane c’est une femme amoureuse du même mec depuis 10 ans, elle est restée bloquée, et ça force le respect. Je la trouve fidèle à ses convictions et droite dans ses bottes même si elle n’a pas que des bonnes pensées, fait des conneries, des tours de passe-passe pas très catholiques et abuse  de certains de ses pouvoirs. Je ne sais pas ce qui va lui arriver, mais je pense qu’elle n’attend qu’un déclic d’amour pour changer. Le public commence à voir de plus en plus qu’elle peut être extrêmement sensible. C’est bien la preuve qu’on ne peut pas duper  le public. A son arrivée, le personnage était détesté. aujourd’hui, elle est de plus en plus appréciée. Enja est pareil. Ce type de personnage en dehors des codes, un peu tête brulée, qui flirte avec le danger, me colle à la peau.

Mediamag : Comment as-tu intégré la série « Plus Belle la Vie » ?

Lola Marois : J’ai auditionné pour le rôle d’Ariane. Mon agent m’a dit : « ils ont pensé à toi pour un gros personnage très marqué, regarde sa bio ». On reçoit toujours un petit background pour comprendre le personnage. Je me suis présentée au casting en voulant donner l’impression d’une femme dure, avec un regard noir qui cache une faille qu’on ne voit pas tout de suite. Je voulais donner un mélange de féminité – car le personnage de Samia devait être jalouse d’Ariane alors ça ne pouvait pas être un thon garçon manqué – et un côté voyou, racaille mais au cœur tendre. J’ai essayé d’apporter tout ça au casting.  J’y suis allée vaillante car  je voulais absolument ce rôle génial et intéressant. Et, finalement la mayonnaise a pris. Je suis gâtée avec ce personnage car j’ai énormément de choses à jouer.  En 10 ans de cinéma et de théâtre, je n’ai jamais eu de telles partitions. C’est la première fois que j’ai autant de matière et pour une comédienne c’est un cadeau du bon dieu.

Mediamag : Depuis qu’on te voit régulièrement dans le petit écran, qu’est ce qui a changé pour toi, tant au niveau professionnel que du public ?

Lola Marois : On me reconnait, c’est incontestable. C’est la preuve que la série fonctionne, surtout en province car c’est une série très populaire et un peu moins parisienne. Dès que je  mets un pied en province, on me reconnait et encore plus à Marseille. Les gens viennent me voir avec énormément de bienveillance. Cette notoriété est hallucinante. C’est bizarre : du jour au lendemain tout le monde te reconnait, te sourit, mais ce n’est pas pour me déplaire. J’ai reçu quelques propositions mais rien n’est encore certain. Je sens que ça ouvre un peu les portes, je rentre dans le service public, sur France 3. Pour prétendre à d’autres rôles, il faut d’abord avoir un pied dedans, ce que je n’avais pas en télé, c’est ce qui manquait à mon CV.

Mediamag : Quand tu es arrivée dans « Plus Belle la Vie », sous les traits d’Ariane, ce personnage devait rester longtemps ou était-ce en fonction de son succès auprès du public ?

Lola Marois : Je dirai un peu des deux. J’ai eu un casting pour un personnage semi-récurrent, amené à revenir dans la série. Mais je ne pensais pas qu’elle prendrait autant de place, jusqu’à m’amener à faire deux couvertures de Téléstar en moins de six mois. C’est génial, tu deviens une star de la télé en 5 mois de diffusion.

Lola Marois joue Ariane Hersant dans la série de France 3 Plus Belle la Vie

Mediamag : Il y a quelques mois Ariane demandait une mutation en Bretagne. Comme elle s’est rapprochée de Jean-Paul Boher, va-t-elle finalement rester ?

Lola Marois : Je jure que je ne le sais pas moi-même. Je sais que j’ai encore pas mal de jours de tournage jusqu’à la fin de l’année. Pour le moment, elle est là. On ne peut rien  prévoir et c’est en ça que c’est joli. Je ne sais pas ce que je vais jouer et, d’ailleurs,  je ne veux pas le savoir.

Mediamag : Quel est ton regard sur « Plus Belle la Vie » ?

Lola Marois : Je pense que c’est une série extrêmement intelligente et couillue car elle ose aller là où il ne faut pas, et ose traiter de sujets de société qu’on n’évoque pas ailleurs. Les auteurs osent, sont téméraires et vont là où d’autres n’iraient pas. C’est pour ça, selon moi, que la série a un gros succès. Il y a des auteurs qui bossent toute la journée pour essayer d’être au plus près de la réalité et c’est la seule série française à avoir cette qualité là. C’est pour ça que je suis très fière d’être d’avoir intégré le casting de « Plus Belle la Vie« .

Mediamag : Est-ce compliqué de s’organiser entre les tournages réguliers à Marseille et la vie de famille avec les enfants ?

Lola Marois : Ça pourrait l’être mais il y a plein de jours – et de semaines même – où on ne tourne pas. C’est très aménageable. J’ai la chance d’avoir une maman formidable qui habite au coin de la rue et qui m’aide énormément avec les enfants. Mon beau-père est formidable aussi. C’est grâce à ma maman que je peux travailler. Quand j’étais au théâtre tous les soirs, ce n’était pas plus simple.

Mediamag : Toi qui a justement démarré au théâtre, est-ce que la scène ne te manque pas vu que ces derniers temps tu as beaucoup tourné en studios de télévision et de cinéma ?

Lola Marois : Si, ça me manque énormément. La scène est une vraie drogue dure, je sais que j’y retournerai très vite. J’attends juste le bon projet, la bonne pièce. J’en ai refusé deux ou trois car je suis un peu plus exigeante. Si je tourne la journée et que je joue le soir, il faudra que ce soit quelque chose qui me plaise énormément pour que je sois prête à faire des concessions. J’ai joué toute ma vie, depuis que j’ai 12 ans je suis sur scène. Le contact avec le public, on ne peut pas s’en passer quand on l’a vécu. Et ce n’est absolument pas pareil de faire du cinéma ou de la télévision. Il y a une petite reconnaissance avec l’équipe, les techniciens ou le réalisateur qui dit « c’est super, bravo ». Mais ce n’est pas la mêle gratification qu’avec le public.

Mediamag : As-tu d’autres projets ?

Lola Marois : J’ai joué dans un film qui sortira en mars, dont je suis très fière, où je donne la réplique à Arnaud Ducret et Louise Bourgoin. J’y joue aussi une bad girl. C’est une comédie romantique qui s’appelle « Les dents, pipi et au lit« .

Propos recueillis par Laura Bruneau