Après les excellents “The Grand Budapest Hotel”, “La Famille Tenenbaum” ou même “La Vie Aquatique” , le metteur en scène Américain nous revient avec une déclaration d’amour majeure au Japon, à l’art et au cinéma sous toutes ses formes. Un des coups de coeur de ce début d’année. 

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’île aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

L’oeil à tout prix 

Dès les premiers plans illustrant grâce à de sublimes estampes japonaises les origines des Kobayashi, grande famille japonaise de Megasaki, Wes Anderson fait comprendre à son audience que ce film est une ode, un hommage et une déclaration d’art, par l’art et pour le pays du Soleil Levant. En effet la musique, la mise en ambiance, les efforts colossaux sonores et  visuels de reconstruction de ce pays font plaisir et soulignent une maitrise et un jusqu’au boutisme assez ahurissant.

Mais ce qui est le plus impressionant, c’est de noter les idées de cinéma et la composition des plans en vue d’animation; car loin d’être un simple dessin animé, le long-métrage est découpé, orchestré et mis en scène selon les règles du cinéma. Ce film prend l’oeil du spectateur à parti et l’emmène dans le détail, dans le geste, le regard et le mouvement qui va déclencher la situation. Entre les plans fixes et les ralentis, tout allant de Kurosawa à Ozu est mis en hommage discret et respectueux. Le fait de voir les quatre chiens réfléchir dans la nuit noire, éclairée par les éclatantes couleurs des tessons de bouteilles brisées multicolores et au son du thème principal des 7 Samouraïs émeut et diffuse une belle mélancolie, un souvenir de grandeur et d’estime que ces êtres abandonnés et sans terre, reclus sur un enfer permanent transmettent par leurs yeux emplis de larmes. Le casting cinq étoile aussi bien Français qu’Étranger n’y est pas anodin; car rarement il aura été aussi amusant et réjouissant d’écouter Romain Duris, Yvan Attal, Mathieu Amalric et Hippolyte Girardot se parler et développer que grâce à la parole de somptueux personnages. 

Leçon de cinéma ….Par l’animation ! 

Un film choral prend souvent le risque de ne pas pouvoir développer à même échelle tout ses personnages; il n’en est rien dans ce film, ou la pluralité est essentielle à la création d’une ambiance, ce qui est bien sûr le propre du génie de Wes Anderson. Des gentils chiens aux méchants humains , et en particulier le somptueux et terrifiant Kobayashi, interprété à la perfection ( de par sa voix et son ton ) par Ken Watanabe , tout les maillons sont recherchés, affirmés, et plaisent visuellement comme narrativement.  Un film n’est réussi que si tout les composantes de sa conception le sont; cette cruelle démonstration n’a jamais paru aussi vraie que dans “L’île aux Chiens”, ou rien n’est laissé au hasard et ou la fascination, la finesse et la précision chirurgicale ont permis l’éclosion d’un chef d’oeuvre, ni plus ni moins.

Le son comme étalon de valeur des émotions du film 

Les effets sonores sont d’une maestria assez renversante, car ils permettent la mise en place d’une ambiance totalement japonaise, allant des bruits des rues, des pas des gens aux formules de politesse. Les grognements des chiens, des morsures, des ordures sont tellement réalistes qu’au début, lorsqu’un chien se fait arracher son oreille, le spectateur est surpris et assez choqué de la violence de la scène. Les voix des acteurs , amplifiées et travaillées, permettent aussi une immersion totale dans l’univers du metteur en scène. Finalement, c’est la musique qui ne manquera pas de faire frémir nombre de cinéphiles, car entre les hommages à Akira Kurosawa et à Seijun Suzuki , tout est parfaitement mis en place pour plaire à littéralement tout le monde, allant de l’aficionado perfectionniste de la culture nippone au spectateur plongeant dans l’inconnu mais voulant à tout prix se perdre dans cette grande aventure. Est ce que le cinéma à un autre but que celui-ci ? Le débat est trop grand mais la seule chose qui peut être affirmée dans cet article, c’est que Wes Anderson à fait un des films majeurs de son oeuvre et de l’année.

Film somptueux, intelligent et fin, accessible à tous et respectueux de la culture qu’il empreinte, “L’île aux Chiens” est une réussite totale qui ne manqueras pas de vous toucher et de faire comprendre que le cinéma peut être populaire et accessible tout en étant de qualité. Une leçon de pensée et de mise en scène. 

–> L’ile aux Chiens , réalisé par Wes Anderson, avec Vincent Lindon, Romain Duris, Mathieu Amalric, Yvan Attal, Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Louis Garrel, Léa Seydoux, Jean -Pierre Léaud