En 2018, le cinéma français a offert de nombreux et beaux cadeaux aux spectateurs (A Genoux Les Gars, Mektoub My Love Canto Uno, Le Grand Bain…) L’année 2019 commence bien avec le second et excellent long métrage de Sébastien Marnier : L’HEURE DE LA SORTIE.

Ce titre de long métrage, tiré d’un roman de Christophe Dufossé est assez banal et anodin et peut s’apparenter à une expression légère et joyeuse. Une sortie de classe, de cours, du travail… Sauf que dans ce film comme dans Irréprochable d’ailleurs, l’histoire est transformée en une sorte de conte oppressant. Le titre est léger un insouciant mais nous sommes directement transposés dans un univers particulier grâce aux images et à la musique de Zombie Zombie.

Se pose alors une question : où va nous emmener le réalisateur ?

Pierre Hoffman, professeur de français remplaçant intègre un prestigieux collège privé en province proche d’une usine nucléaire et d’un lac.  Il remplace un professeur qui s’est défenestré durant la surveillance d’un contrôle dans une classe de surdoués. Pierre comprend vite que cette classe a des problèmes, une atmosphère pesante y règne comme un secret… Six de ces élèves en particulier lui paraissent vraiment ‘’dangereux’’ pour les autres, mais surtout pour eux-mêmes. Pierre va donc chercher quelle est cette menace qui pèse, jusqu’à ce que cela en devienne obsessionnel…

© Avenue B Production
© Haut Et Court

Ce qui frappe tout d’abord, c’est que le professeur remplaçant se nomme Hoffman. En effet, ça rappelle les contes d’Hoffmann à l’univers bien glauque et fantastique. Le film est singulier et réfléchi. Tout cela est mis en place grâce à une réalisation impressionnante où rien n’est laissé au hasard. Chaque détail, même le plus minime permet d’en comprendre plus sur ces six élèves différents.

Le réalisateur utilise la réflexion, le regard et la posture de ces jeunes pour faire froid dans le dos au spectateur. Tout cela nous met mal à l’aise et grâce à ça, le réalisateur joue sur les malentendus et dirige son spectateur comme pouvait le faire Alfred Hitchcock. Cette direction de spectateur nous cloue au fond de notre siège. Les malentendus naissent entre les adolescents et le professeur, ce qui accentue encore plus l’ambiance oppressante du film.

Durant tout le long-métrage, nous pouvons observer les codes des films fantastiques grâce à des effets elliptiques et à une musique oppressante. La bande originale composée par Zombie Zombie, joue sur les silences et les sons d’ambiances, ce qui vient accentuer encore plus un effet réel/irréel pour le spectateur.

Sébastien Marnier utilise la psychose et la paranoïa pour faire en sorte que son personnage principal hypnotise un spectateur perdu et angoissé, mais ravi de réfléchir au “comment” il doit faire pour remettre tout ce puzzle en ordre. Car c’est une question de conscience professionnelle et mission ‘’normale” de prof de voir le bien des élèves…
Les cafards sont des « personnages » récurrents du film, qui représentent le mal-être ainsi que la métamorphose violente des personnages. Les cerfs affolés en lisière de ville portent un message déroutant de perte de repères des animaux, mais surtout des hommes dans leur relation à la nature.
Car le film porte en lui un message écologique, semi-caché au début, devenant de plus en plus évident. En effet au fil du film, Pierre (Laurent Lafitte) découvre des vidéos que les enfants ont réalisées. Ces vidéos parlent des périls écologiques et de la mort de la planète.

© Avenue B Production
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Laurent Lafitte est impressionnant et démontre encore plus dans ce rôle de prof investi, sportif et ‘’fouineur’’, qu’il ne faut définitivement pas le cantonner dans des rôles légers de comédies grand public. Il joue ici un professeur investigateur, observateur, et psychologique, où il ne faut pas trop se dévoiler sous peine de donner aux élèves surdoués l’occasion d’une manipulation. Ici, le spectateur est un professeur qui doit faire attention à tout, et se méfier de tout.

Le conte angoissant de Sébastien Marnier fonctionne ! Tout est clé dans ce film. Le réalisateur confirme que le bon cinéma français n’est pas mort. Il a su comme dans son premier long métrage, cueillir son spectateur pour l’emmener dans son univers réaliste, fantastique et fascinant. Il y a une vraie progression dans le suspense et dans l’étude psychologique.