Le film est sorti sur nos écrans le 26 Février 2020 mais sa durée de vie en salle a malheureusement été écourtée, crise sanitaire oblige. D’un autre côté, cette crise permet des dérogations à la chronologie des médias : depuis le 15 Avril 2020, il est donc possible de trouver Mine de rien en VOD (Vidéo à la demande).

Prix du public au Festival International de Comédie de l’Alpe d’Huez, Mine de rien se démarque par son côté social, actuel et proche des gens. C’est une mine au trésor qui regorge de sensibilité, de quotidien, de lien, de lutte, d’humour, d’amour… On rit, on pleure, on réfléchit, Mine de rien, c’est déjà beaucoup !

Synopsis

Dans le nord de la France, une ancienne cité minière à l’abandon redevient le cœur bouillonnant de la ville. Un groupe d’amis chômeurs en stage de réinsertion décident de créer le premier parc d’attraction ”artisanal”, culturel et patrimonial sur le site de la mine de charbon désaffectée.

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Des questions fortes et actuelles…

Pour son premier long métrage, l’acteur français et enfant du Pas-de-Calais Mathias Mlekuz frappe fort avec ce film social et actuel dans une région sinistrée, mais qui se bat. Il rend hommage à sa région, aux mineurs, au dur travail à la mine en adoptant un point de vue de proximité et de simplicité. Le film « ouvre la porte » à énormément de questions de société très actuelles pas le biais de portraits de personnages bien sculptés.
On commence par Arnault et Di Lello, deux amis chômeurs qui ne croient plus du tout en eux : le chômage les a plongé dans la précarité et leur a pris leur dignité. Ils suivent un stage de réinsertion professionnelle avec d’autres, ”paumés” comme eux. On saisit parfaitement tout le ”ridicule” de ce stage étant donné le manque de réalité et d’aspect concret des enseignements… Comme une impression de « sert à rien » ! Serait-ce une dénonciation indirecte des services de l’Etat ? Les formations pour la réinsertion des gens au chômage prennent-elles vraiment en compte les véritables besoins ? Le comique de situation du code fastidieux choisi pour titrer cet article augmente la portée des propos…

Aussi abordés dans ce film : les délocalisations, le problème des travailleurs détachés et les “pseudos” bonnes intentions des entreprises subventionnées par l’état. Dans le film, la grosse société qui délocalise est nommée Armageddon, terme biblique pour parler de l’apocalypse : Coïncidence ?

Le chômage entraîne la pauvreté en cascade dans toute la région et jusque dans les familles car Arnault est tellement « pris à la gorge » qu’il retourne vivre chez sa mère... Thérèse, la mère d’Arnault, est atteinte de la maladie d’Alzheimer et Cédric le fils de Bernadette est handicapé mental léger. Ces personnages reflètent la maladie et sa prise en charge quand l’argent manque. Une difficulté en plus dans l’étape de la réinsertion. Être submergé de problèmes empêche aussi d’être amoureux…
Signalons enfin qu’être un père chômeur comme l’est Arnault enlève toute crédibilité au statut de père surtout quand le rapport à l’argent est modifié comme il l’est chez ses jumeaux adolescents.

Avec pour thème axial le chômage, les personnages n’ont plus rien : ni identité, ni légitimité. Cette situation créée des liens d’entraide pour aller de l’avant…

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Une image minière résolument vivante…

Le long métrage essaye de redonner vie à un patrimoine oublié : le travail à la mine. Traité tel un “devoir de mémoire”, il comporte des notions d’immigration liées au manque de main d’œuvre, des problèmes sanitaires dus aux pathologies pulmonaires…
La mine n’existe peut être plus en lieu effectif de travail mais elle existe encore dans le paysage avec les terrils ou les corons : c’est là que le film prend presque une dimension ”documentaire”.

Un projet fou ?

Certains diront que l’histoire de Mine de rien repose sur l’idée ubuesque de transformer la mine en parc d’attraction et que ce projet de parc est complètement fou et irréaliste. Sauf que le film rappelle au spectateur que les idées de réhabilitations des sites miniers sont très nombreuses : Le Centre Historique Minier de Lewarde, la salle de spectacle Métaphone ou encore la Fosse Arenberg qui abrite les décors du film Germinal de Claude Berri…
Finalement, cette idée de parc d’attraction est réaliste car c’est aussi le fil conducteur du spectateur qui suit de façon omnisciente l’aboutissement du projet.

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Un jeu d’acteurs transpirant d’humanité…

Arnaud Ducret endosse un personnage ancré dans une réalité dramatique alors que Philippe Rebbot amène une touche plus légère et humoristique. Avec ces deux personnages, nous avons aussi la dualité entre le côté grave du deuil récent et le côté léger des péripéties sexuelles. Tout cela ne fait pas du film seulement une comédie, mais une comédie sociale.

La prestation d’Arnaud Ducret est remarquable : on a vraiment hâte de le retrouver dans ce genre de rôles. (La future série d’M6 “Un Homme Ordinaire” sur Xavier Dupont De Ligonnès sera sûrement un point culminant de sa carrière d’acteur dramatique… Mais nous n’avons pas encore sa date de diffusion.)

C’est aussi toujours un grand bonheur de retrouver Hélène Vincent, très convaincante en mère atteinte d’Alzheimer.

Un générique et une bande originale hérités du patrimoine minier…

Le générique de début et sa musique nous transportent d’emblée dans l’époque des bassins miniers actifs : Le cadre de l’histoire est posé, Mine de rien sera une lutte ! La voix de Christiane Oriol nous emporte et délivre des messages forts ”Le noir charbon pour gagner notre pain”,”En avant gueules noires”.

Mine De rien est un film poétique qui pose de vraies interrogations sociales. Le film trouve un juste équilibre pour ne pas tomber dans le pathos ni au contraire dans les idées graveleuses. Il casse les idées reçues sur le nord (la pluie, l’alcoolisme, l’accent bien prononcé…) pour se concentrer sur l’émotion et la réflexion, sans oublier de nous faire rire ! Comédie : oui, sociale : oui… Ce genre manque cruellement à la comédie française.
Un excellent moment de cinéma mine de rien !

ENTRETIEN AVEC ARNAUD DUCRET

Mediamag : Vous avez choisi de suivre Mathias Mlekuz dans sa première aventure en tant que réalisateur, quelles ont été vos motivations et qu’est ce qui vous a plu dans ce scénario ?

Arnaud Ducret :
Les premières motivations quand je reçois un scénario c’est l’histoire, peu importe le réalisateur. C’était l’histoire qui me plaisait, bien avant mon personnage. Ensuite, la poésie qu’insuffle Mathias dans cette histoire, toute la nostalgie et la poésie qu’il peut y avoir dans ce film comme par exemple Hélène Vincent ma maman qui est atteinte d’Alzheimer et les cendres de son mari dans une boite de ”chopic”. Quand vous me proposez cela, vous avez gagné 80% du boulot. C’était ce qui me plaisait…

Mediamag : Le scénario pointe du doigt énormément de problèmes sociaux. Pensez vous que les comédies françaises devraient plus le faire ?

Arnaud Ducret : Je ne suis pas du tout à dire qu’il faudrait plus de films parlant des problèmes sociaux. Parfois, c’est vrai, ça manque un peu de diversité dans les comédies françaises. Par exemple, si il y a un film sur un colocataire, je ne crache pas dans la soupe car j’ai fait entre autre “Les Dents Pipi Et Au Lit” et “Adopte Un Veuf” dont je suis très fier mais on tourne un peu en rond parfois. Maintenant, est-ce qu’il devrait y avoir plus de comédies sociales en France ? Je ne sais pas mais tant qu’elles sont plutôt bien faites, tant mieux !
A la base, quand Mathias Mlelkuz m’a proposé ce film, il n’était pas trop dans le social . Il voulait faire une comédie, il trouvait ça assez joli et il a vécu son enfance là-bas mais ce coté social nous a un peu échappé.
Moi j’ai accepté ce film il y a 6 ans. Entre les 6 ans et maintenant, il y a les gilets jaunes qui sont passés par là. Ils ont été aussi une masse populaire assez forte dans les revendications, donc c’est vrai que d’un coup le film a eu une résonance un peu différente. Cela nous a un peu échappé, c’est-à-dire que ce n’était plus juste une comédie, le social était très important peut-être un peu plus fort que la comédie et ça c’est quelque chose dont Mathias s’est rendu compte aussi quand le film est sorti. On ne s’attendait pas à ce que les gens soient autant émus et autant touchés par ce petit groupe de gens qui tentent de réussir.

Mediamag : Le casting regroupe des acteurs professionnels et des non professionnels. La fraîcheur est elle une identité du film ?

Arnaud Ducret : Ah totalement ! Bien sûr ! Je reviens sur le fait que Mathias est né à Lens et qu’il a vécu son enfance là-bas. Il est petit fils de mineur immigré des pays de l’est, donc il connaît les gens de là-bas, il connaît les tronches des mecs et c’est ce qui, peut-être, donne une crédibilité incroyable au film. Il est allé chercher ces anciens mineurs que l’on avait avec nous. Moi je les appelais « les 7 nains ». Ils étaient superbes et puis en plus Philippe Rebbot est un mec formidable, Mélanie Bernier est adorable, on a formé vraiment une troupe et sur le film, eux qui sont ”non comédiens” ont passé un super moment ! Tout le monde était logé à la même enseigne. Donc on était tous là, main dans la main comme dans le film, à avancer et à essayer de faire une belle histoire et cela se ressent énormément, cela se voit et tant mieux parce qu’on est des vraies gueules. Comme je le dis souvent, derrière ces mineurs, ces gens du coin, cette petite troupe de chômeurs, il y a de formidables petits comédiens qui ont donné une vraie vérité à ce film incroyable.

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Mediamag : Prix du public à l’Alpe D’Huez, vous vous y attendiez ?

Arnaud Ducret : Je vais vous raconter le truc : quand on est arrivés à l’Alpe D’Huez, on avait ce petit film, petit budget, petite comédie assez simple. On s’est dit “comment va réagir le jury ? “. Quand les lumières se sont rallumées à la fin de la projection que l’on a fait en fin de matinée, je me retourne et je vois des copains du métier et le public, les gens se lèvent et nous applaudissent avec les larmes aux yeux. Tout d’un coup j’en deviens très ému et Mathias en pleure. On se dit “mais merde c’est une comédie les gars !” Ça rejoint un peu ça, on ne s’y attendait pas… Quel bonheur ! Donc que ce soit le Prix Du Public ça a un sens : Ça parle du peuple et des gens ! Mais on était agréablement surpris et puis c’était un moment formidable : je m’en souviendrai longtemps !

Mediamag : Que diriez vous aux gens pour les encourager à découvrir le film ?

Arnaud Ducret : Ce film n’est clairement pas du misérabilisme. C’est un film assez simple avec une réalisation simple mais qui met beaucoup en valeur les personnages. Chaque personnage est haut en couleur, c’est un film plein de positivité et on en ressort avec le sourire et en se disant aussi qu’au fond, la vie n’est pas si compliquée que ça. C’est un peu les montagnes russes des émotions dans ce film, on se marre puis on se prend un truc très nostalgique dans la tronche, de triste, de dramatique et en même temps du rire derrière, donc c’est un joli film poétique.

Mediamag : Dans le film votre prénom est Arnault avec LT a la fin, est ce qu’il est possible de penser que c’est une référence à Bernard Arnault ?

Arnaud Ducret : Oh non ! (rires) Je ne crois pas ! Alors non je ne crois vraiment pas ! Je crois que c’est beaucoup plus simple que ça. Je ne sais pas, mais c’est vrai que je ne lui ai pas posé la question !

Mediamag : Je posais cette question car dans le film la grande société qui délocalise s’appelle ARMAGEDDON, donc on pourrait se demander si il n’y a pas un petit lien…

Arnaud Ducret : Alors là, soit je suis passé à côté, mais je crois que Mathias m’en aurait parlé mais non non ! Là pour le coup c’est beaucoup plus simple que cela je pense. C’est qu’ils se sont dit “Tiens j’aimerais bien qu’il ait le même nom que toi” mais on a changé et on a mis LT à la fin. Mais sinon, rien a voir avec Bernard Arnault bien sûr ou alors la le grand écart serait énorme !

Un grand merci à Arnaud Ducret d’avoir pris le temps pour répondre à nos questions ainsi qu’a Aude et Jean François de l’agence DarkStar.

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Un film de Mathias Mlekuz avec Arnaud Ducret, Mélanie Bernier, Hélène Vincent, Philippe Rebbot, Rufus…
Depuis le 15 Avril 2020 en VOD