Cela faisait bien longtemps qu’un film n’avait pas autant déchaîné les foules et les passions : JOKER produit par Warner Bros nous ramène à la genèse du plus grand méchant de l’univers Batman.

Lion D’Or à la dernière Mostra De Venise, une campagne promotionnelle de dingue, de nombreuses affiches à travers le monde -toutes aussi sublimes les unes que les autres- tout laisse à penser que JOKER est un pari réussi. Après les premières projections, la presse est unanime : JOKER est un grand film et Joaquin Phoenix devrait être retenu dans la liste des nominés pour l’Oscar du meilleur acteur.

Se lancer dans cette histoire était risqué mais réfléchi ! Risqué car il ne fallait surtout pas reproduire une histoire qui allait allonger la liste des affrontements Batman contre le Joker… Réfléchi dans le sens où il fallait absolument faire quelque chose de différent et inédit…

Au cinéma, le JOKER a eu de nombreux visages : il y a ceux qui sont excellents, Jack Nicholson chez Tim Burton, Mark Hamill qui passe de l’autre côté de la force dans la série animée The New Batman Adventure, Heath Ledger dans la trilogie de Christopher Nolan… Puis il y a celui de Jared Leto, qui n’a pas vraiment réussi à s’imposer dans l’esprit du public avec Suicide Squad.

Mais au fait, qui est le JOKER ?

Rappelons que ce personnage n’a pas une origine bien définie, donc Todd Philips a pris la décision de nous proposer une réflexion sur le passé du personnage et quels éléments de sa vie ont fait de lui le Joker…

Dans les années 80, Gotham City est une ville où règne le chaos. Les habitants les plus pauvres perdent espoirs après les déclarations de Thomas Wayne, l’homme le plus riche de la ville candidat à la mairie pour remettre de l’ordre dans Gotham. Arthur Fleck est clown de rue pour survivre mais son rêve est de rendre les gens joyeux en étant humoriste. En réalité, il est atteint d’une maladie neurologique qui lui déclenche des crises de fous rires incontrôlés. Arthur va peu à peu tomber dans la folie et sombrer quand il apprend des vérités sur sa vie…

Le travail de l’acteur Joaquin Phoenix

Cette folie est incarnée par l’immense Joaquin Phoenix. Comme Christian Bale, Joaquin Phoenix n’hésite pas à  transformer son corps à l’image du personnage, il va maigrir jusqu’à en devenir repoussant et travailler physiquement et psychologiquement pour être au plus près du personnage et l’incarner. Cette performance ne laissera pas le spectateur indemne…

L’un des buts du film est d’essayer de déclencher une certaine empathie pour Arthur. Une relation fusionnelle avec sa mère, rejeté par les autres, sa triste opinion de lui même… Cela suffit-il pour être en empathie ? Qui se cache derrière ce léger sourire d’Arthur ? Ce sourire représente t-il une grande colère ? Un appel au secours à force de trop prendre sur lui ? Il a trop longtemps pris sur lui, ce qui l’a poussé à s’enfermer dans une spirale infernale et à devenir le Joker.

Arthur Fleck est le sujet principal du film : on le retrouve dans de nombreuses scènes tout seul et au centre de l’image. Quand d’autres personnages sont présents, tout est mis en œuvre pour qu’Arthur redevienne le “centre d’intérêt” du spectateur.


© WARNER BROS

Le JOKER représente énormément de choses : le rejet, la colère, la voie et la voix de la pauvreté et de la folie. Il est l’un des chef de file du mouvement des laissés pour comptes de la société riche, il veux se rebeller contre les puissants pour avoir de la reconnaissance…
Quand on y réfléchit bien, c’est l’un des premiers films dans lequel on peut voir Gotham City de fond en comble, sa richesse, sa pauvreté en passant par les quartiers les plus sombres de la ville. Tiens donc ! Comme dans le monde actuel, des fossés se sont créés entre les gens à cause de notre société individualiste : Joker pourrait-il donc se présenter comme une explication ? Notre modèle de société pourrait-il créer des monstres, des fous, des déséquilibrés à cause du rejet ? Et si l’exclusion était le point de départ de la vie du joker ?

L’escalier de la folie

Arthur ne vit pas très loin d’un grand escalier, cet élément est l’un des exutoires de sa vie : sur cet escalier il danse et éprouve une joie extrême. Et si les marches étaient comme une escalade vers le sommet de la folie… ? Que de questions provoquées par ce personnage singulier que l’on connaît presque uniquement pour sa violence… 


© WARNER BROS

En conclusion..

Le film peut énormément faire penser aux films de Martin Scorsese, tout est en tension constante et en montée en puissance avant d’exploser et de tomber dans une violence pure et dure dont on ne ressort pas indemne.
En aucun cas JOKER est un film de super héros ou de super vilain comme il est possible de le voir chez d’autres studios. C’est un film unique qui fait prendre conscience au spectateur que chaque humain a une part sombre en lui et qu’à force d’essayer de l’ignorer, le côté sombre peux ressortir d’un coup et faire très mal jusqu’à entraîner la folie…

On pourrait presque croire que Todd Philips souhaite une prise de conscience sur la signification du vivre ensemble. C’est une sorte de mise en garde sur nos agissements, toujours chercher ce qui se cache derrière une détresse et comprendre pourquoi cette détresse a conduit à l’irréversible.

Dans un monde actuel comme le nôtre, violent à souhait, belliqueux, où les règles éducatives n’ont plus vraiment cours, ce film ne permet-il pas un renouvellement du genre ?
Alors oui JOKER ne fera sans doute pas l’unanimité auprès du public depuis très longtemps habitué à voir des “gentils taper sur des méchants”. JOKER raconte les origines du méchant le plus connu de tout les temps et OUI c’est une œuvre singulière qui assume sa violence du début à la fin. Mais avec ce film, Todd Philips prouve qu’il excelle aussi dans un autre registre que les comédies potaches qu’on lui connait ( Retour à la fac, Very Bad Trip 2 & 3, Starsky & Hutch)…