Mercredi dernier, le dernier film de Scott Cooper au casting impressionnant est discrètement sorti dans les salles obscures. Un gâchis, car beaucoup de personne risquent de passer à côté d’un des plus grands films de l’année, qui par sa maîtrise et par sa qualité rare surprend et émeut.

En 1892, le capitaine Joseph J. Blocker, légende de l’armée américaine, est chargé d’une
mission qu’il accepte à contrecœur. A l’aide d’un régiment de cinq hommes, il doit escorter Yellow Hawk, un chef de guerre cheyenne mourant, ainsi que sa famille, pour retourner sur leurs terres tribales. Commence donc une traversée périlleuse à travers des grandes plaines et déserts où le danger est sans arrêt présent et où l’ombre de la mort plane sur Blocker et ses hommes.

HISTORY OF VIOLENCE

Le genre du Western est un exercice compliqué, car bardé d’un héritage de cinéma puissant et intemporel. John Ford, Howard Hawks, Clint Eastwood et Sergio Leone ont inventé une esthétique, une façon de raconter l’Amérique et son histoire et de créer la figure de son héros. C’est donc un réel défi que Scott Cooper s’est donné, mais c’est mal le connaître que de croire que cela est impossible pour lui.

En effet, Scott Cooper s’est donné, tout au long de sa filmographie, le défi de répondre à la question suivante ; comment faire du cinéma du nouvel Hollywood de nos jours ? Son premier film, Crazy Heart, est une épopée sur la carrière d’un guitariste country miné par l’alcool et les erreurs de son passé. Ensuite le magnifique Les brasiers de la Colère, qui est tout simplement un remake déguisé de Voyage au bout de l’enfer avec le thème de la fraternité maladive et de la force que l’amour d’un frère peut rapporter. Son dernier film Strictly Criminal, est une fresque magnifique sur le crime organisé à Boston et rappelle la fougue d’un Scorsese avec Les Infiltrés par exemple.

Il le fait à merveille car il utilise la forme du western d’une façon particulière, pour y livrer une version moderne, nuancée et humaniste. Dans ce film, l’escouade menée par Blocker est minée par les démons du passé, par les massacres d’indiens qu’ils ont commis et sont perpétuellement emplis de tristesse, de mélancolie et de regrets. Ils ont les larmes aux yeux et pleurent, le sang des cadavres indiens mutilés sur leurs mains est indélébile, ineffaçable. Le rythme lancinant, angoissant, les plans somptueux et la lumière biblique qui éclaire les personnages ne fait qu’ajouter de la pesanteur à leur voyage ; ils sont en enfer et cela se ressent terriblement au fur et à mesure de l’histoire.


Rarement autant de violence et de barbarie aura été montrée dans un film contemporain, où la mort guette et frappe sans annoncer, avec froideur. Les hommes tombent dans ce film, les corps meurent, et un homme peut disparaître sans aucune poésie ou bravoure. Les balles sont rares et font mal, les couteaux percent et transpercent. Les hommes, tuniques bleues ou indiens, sont sauvages et totalement inhumains.

Cette violence fait contrepoids à un humanisme et à une précision dans l’écriture des personnages, qui sont tous nuancés avec une précision chirurgicale. Cela est évidemment dû aux performances des acteurs, tous excellents, avec une mention spéciale à Christian Bale. Ce dernier trouve là sûrement son meilleur rôle (et c’est compliqué vu la carrière qu’il a déjà) en homme brisé et mélancolique, sur le déclin à cause de son âge et de son expérience et qui, sous sa barbe épaisse et sa corpulence imposante, sous sa capacité à scalper et à tuer froidement un homme, est sensible et fragile. Détruit par son passé d’exécuteur.

Avenant, calme et sur la retenue, il est fin stratège et, avec son exemplaire abimé des mémoires de César, sa bible à lui, connaît l’ennemi… A tel point qu’il parle avec les indiens en cheyenne (langue que Bale à appris pour le film). Cela n’empêche pas sa tristesse d’exploser lors de crises de larmes bouleversantes et qui montre l’étendue du talent de cet acteur, qui livre ici son chant du cygne.

La mise en scène est ahurissante et donne une portée mythique aux paysages, offrant ainsi de grands moments de cinéma. Voir les deux maitres de guerres faire la paix et se serrer les mains avec sagesse dans les plaines du Montana est un sommet d’émotion qui, face à l’abandon de ces deux démons aux portes du paradis, ne laissera pas indemne.

Hostiles est Une déclaration d’amour à la maitrise, à l’émotion, à l’histoire et à la mise en scène ; une déclaration d’amour au cinéma, qu’il faut absolument découvrir.

Hostiles, réalisé par Scott Cooper, avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi