Dans ce film de fiction, la réalisatrice Vanessa Filho traite d’un fait divers appartenant malheureusement à la réalité…

Un fait divers, ça secoue, ça émeut, ça obsède, ça nous touche… C’est une sensation assez inconfortable. On ne va pas au cinéma pour être mal à l’aise dans son fauteuil… Et pourtant, le réalisme social est un choix d’histoire et de réalisation pour montrer ce que la société engendre même si parfois cela fait mal comme les films de Ken Loach ou bien ceux des Frères Dardenne. Cette fois-ci, Vannessa Filho nous propose Gueule D’Ange.

Il y a dans ce film comme un équilibre parfait : d’un côté Marlène, mère absente et alcoolique qui veut être aimée et qui veut plaire à tout prix. Une « famille » monoparentale, il faut le dire haut et fort, c’est souvent avec des sacrifices, ce n’est pas toujours une situation choisie. D’un autre côté Elli, petite fille de 8 ans qui grandit tant bien que mal dans un monde trop éloigné de ce que devrait être sa réalité d’enfant.

Une dualité qui nous sort de notre zone de confort

Le spectateur est plongé dans l’abus mais d’un autre côté, on admire la tendresse et le courage… Cette dualité, le bien et le mal sort le spectateur de sa zone de « confort » et l’oblige à prendre parti. Il juge Marlène et comprend Elli… Il est à la fois voyeur et juge. Le film est une expérience assez douloureuse pour celui-ci car il est confronté à l’innocence de cet enfant qui apprend la vie seul et à l’innocence de cette mère qui ne dispose plus que de la beauté de son corps pour exister aux yeux d’un homme.
Il est aussi confronté à la question de l’identité et de l’exemple éducatif : Marlène boit car elle incarne l’échec dans sa vie de femme et de mère. Elli l’imite en finissant ses verres d’alcool… Comment aider Elli à sortir de cette violence de ses tourments malsains ?
Arrive alors Julio joué par Alban Lenoir qui est un peu le visage du spectateur. En effet, il tombe sous le charme de cette enfant et veut l’aider, mais ce sont deux solitudes qui se trouvent : Julio trouve toujours porte close chez son père et Elli se sent seule aux côtés de cette mère qui se détruit…

Vanessa Filho nous pose la question de l’identité mère et femme et de la recherche de soi quand on est enfant : se construire avec ses rêves et se construire dans son quotidien…

Côté jeu d’acteur

On découvre Ayline Aksoy – Etaix pour la première fois à l’écran: son jeu est pur et authentique. Mais les enfants jouent-ils vraiment ou sont t-il tout simplement eux mêmes ?

Alban Lenoir, « nouveau » dans le monde du cinéma, bien loin de ses rôles dans les séries télévisés et notamment dans Kaamelott de Alexandre Astier qui l’a fait découvrir au grand public. Son jeu et son personnage ont quelque chose de Mathieu Kassovitz, un côté vrai sans en faire trop qui n’est pas dénué de sens…
Et c’est cela que l’on pourrait peut être reprocher au personnage de Marlène interprété par Marion Cotillard. Il nous arrive de ne pas croire à son jeu, le personnage est trop excessif pour que l’on puisse y croire pleinement, mais le jeu de M. Cotillard est toujours aussi précis et elle incarne comme à chaque fois ces personnages jusqu’au bout.

Malgré les défauts d’un premier long métrage, ce film se veut sincère, avec de bonne intentions, celles probablement de nous ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure et les faiblesses de notre société.