Franck Le Hen est auteur et interprète de la pièce « Bonjour Ivresse » qui est jouée depuis 6 ans maintenant. Nous l’avons rencontré pour parler de ce succès mais aussi de l’arrivée de Sylvain Potard à l’affiche de la comédie.

Mediamag : Quel est le secret pour qu’après 6 années à l’affiche « Bonjour Ivresse » ait toujours autant de succès ?

Franck Le Hen : Ça c’est ce qu’on me demande tout le temps, je ne sais pas car si j’avais le secret, je ferai toujours pareil. Je pense que c’est le thème des 30 ans, le bilan que tout le monde fait chaque décennie, il  y a un côté nostalgique, madeleine de Proust. J’essaie de l’analyser par rapport aux retours que me font les spectateurs car moi-même je ne comprends toujours pas : au départ j’ai signé pour 30 dates … et là j’en suis à plus de 1.700 représentations. C’est une pièce que les gens reviennent voir, qui provoque un effet fans, de collectif. J’ai même créé une carte d’adhérent. Les gens aiment bien aussi revenir voir la pièce parce que le décor si situe dans un appartement, un peu à la « Friends« , les gens aiment bien s’y retrouver.

Mediamag : Et actuellement, quel est le public de « Bonjour Ivresse » ?

Franck Le Hen : C’est génial parce que chaque soir au salut quand je dis que ça fait 6 ans qu’on est à l’affiche, je vois des gens surpris. Depuis qu’on joue à la Comédie Caumartin, je découvre un nouveau public, un public de théâtre. J’ai relancé « Bonjour Ivresse » il y a un an et on était plutôt dans des petites salles, Le Petit Gymnase, le Théâtre de 10 heures. En avril on a relancé à la Comédie Caumartin avec 6 séances par semaines. Avant on avait un public très jeune, habitué aux petits tarifs dans les petites salles alors qu’à Caumartin on a un public de théâtre, habitué aux grandes salles et qui découvre cette pièce qu’il ne serait peut-être pas allé voir au 10 heures ou au Petit Gymnase. Là, il y a plusieurs catégories, des ouvreuses, des placeuses, un balcon, tout ce qui fait un théâtre.

Mediamag : Cela fait 6 ans que vous êtes dans la peau de benoît. Vous ne vous êtes jamais lassé ?

Franck Le Hen : Non, même moi j’en suis étonné. J’avais fait une pièce qui s’appelait « Les homos préfèrent les blondes » qui avait duré 3 ans et à la fin je m’étais dit que je ne ferai pas 3 ans sur toutes mes pièces car j’en avais marre. Et en fait non. Avec « Les homos préfèrent les blondes » j’en avais eu un peu marre mais ça dépend aussi de l’ambiance dans les équipes. Là, avec « Bonjour Ivresse » tout se passe bien. Je me retrouve chaque soir avec des gens que j’aime bien, que j’ai choisis. Pour « Les homos préfèrent les blondes » on était plusieurs à choisir. Là, pour le coup, je m’entoure de personnes que j’apprécie, avec qui ça se passe bien. Le public est différent chaque soir, donc je ne suis jamais lassé.

Franck Le Hen et Sylvain Potard

Mediamag : Benoit est presque toujours incarné par vous, contrairement aux autres personnages qui sont interprétés par plusieurs comédiens selon les moments. C’est un choix de ne pas abandonner votre bébé ?

Franck Le Hen : Il  y a quand même eu Romain Thunin, , Franck Jouret et Thomas Lempire qui m’a encore remplacé dernièrement quand j’étais dans « La Star et son Gorille ». Après, c’est vrai que c’est moi qui ai écrit, ce sont mes conneries, mon humour, je ne dirai pas que je suis le meilleur pour l’interpréter mais ça sort de mon cerveau de mon corps. J’adore ce personnage. Par contre c’est aussi une envie des programmateurs de m’avoir dans ce rôle qui veulent bien « Bonjour Ivresse » mais avec Franck Le Hen. Je ne m’accroche pas au rôle, mais je veux aider mon bébé qui est à l’affiche. Je veux l’accompagner jusqu’au bout.

Mediamag : Le samedi vous enchainez 3 représentations… Quelle est votre astuce pour que tout se passe pour le mieux ?

Franck Le Hen : Manger beaucoup de bananes, arrêter de fumer… Je fais ce qu’il faut pour y arriver.  Du miel, beaucoup de miel, j’ai un biberon de miel. Il n’y a pas vraiment d’astuce, il faut être motivé par son métier et avoir envie de défendre la pièce.

Mediamag : En ce moment les salles de spectacles sont assez peu remplies. Comment fait-on quand on est comédien (et auteur) pour ne pas être démoralisé et toujours donner envie au public de venir ?

Franck Le Hen : « Bonjour Ivresse » marche bien. Je ne pensais pas que j’allais remplir autant 6 fois par semaine. Je n’ai jamais fait de chiffres comme ça depuis 2 ans avec cette pièce. En revanche, pour « La Star et son Gorille » c’est une pièce que j’ai lancé en même temps et la production a plus misé sur une pièce que l’autre. C’est compliqué pour les producteurs qui voudraient que ce soit rempli à ras bord tout le temps mais les gens sont quand même là, il y a toujours du bouche à oreille. C’est plus difficile pour « La Star et son Gorille », mais ce n’est pas une déception car on va rebondir sur autres chose, ça s’oriente vers un projet de film… Chaque destin est différent.

Mediamag : Comment est née la collaboration avec Sylvain Potard qui remplace Kevin Miranda cet été dans « Bonjour Ivresse » ?

Franck Le Hen : C’est moi qui est allé le chercher. Pour ce rôle de Raphaël, je cherchais un fantasme et surtout un homme que l’on puisse confondre avec un strip-teaseur avant qu’il ait parlé pour les besoins de la pièce. Ça ne peut pas être une crevette d’1m20. Parmi les personnes contactées pour le rôle il y avait Sylvain que j’ai vu dans une interview faite par Rachid Jelti avec qui je fais pas mal d’interviews. Je l’ai vu faire un teaser assez sympa et je me suis dit « tiens voilà un mec musclé qui peut correspondre au rôle ». Avant de le contacter je ne savais pas s’il avait envie de faire de la comédie, je ne savais pas s’il serait disponible ou s’il avait des combats de MMA prévus. Il m’a dit : « pourquoi pas ». Alors on a fait un test au théâtre. J’ai vu qu’il pouvait le faire mais qu’il y aurait du boulot, qu’il ne lui fallait pas des répétitions mais une formation. N’ayant jamais joué, il ne savait pas se tenir sur scène face à un public, parler fort naturellement. Il avait plein de choses à apprendre et on a a travaillé avec Christine Hadida (metteur en scène de la pièce) qui  donne des cours au Cours Simon et qui est mon œil extérieur depuis 10 ans. Là, il est en train d’apprendre ce qu’on ne peut pas apprendre à un jeune comédien : l’expérience. Il a joué 6 fois… et moi 1.700. Il en a beaucoup à rattraper, mais ça se passe très bien. C’est un bosseur, un sportif. Il se remet en question. A chaque représentation le combat recommence. Il avait déjà l’expérience de se montrer devant des gens. Ce qui est bien avec lui c’est qu’il a de l’humour avec lui-même car ce côté bourrin musclé il faut l’assumer, savoir en rire.

Mediamag : Comment s’est passée son intégration dans la Team Le Hen qui joue ensemble depuis longtemps ?

Franck Le Hen  : Ça s’est bien passé. Au début on  a travaillé, lui, Christine et moi en huis-clos. Il a rencontré les autres comédiens. Il a intégré l’équipe naturellement. Mélanie Kah et Emmanuelle Boidron sont des comédiennes bienveillantes, elles lui ont donné des conseils.

Crédits photos : sur scène Sandra Sanji ; en interview Laura Bruneau