Un regard bleu océan, une voix chaude et des rôles aussi marquants les uns que les autres. Ce sont les premières impressions qui nous viennent à l’esprit lorsque l’on évoque Jean Piat. Le comédien s’est éteint hier soir à l’âge de 93 ans. Mediamag lui rend hommage et revient sur sa longue carrière. 

75 ans de carrière : de la Comédie-Française au “Roi Lion”

Né le 24 septembre 1924 à Lannoy dans le Nord, Jean Piat grandit à Paris. Il pratique d’abord le football avant d’entrer au Conservatoire à l’âge de 20 ans. Il en est renvoyé deux ans plus tard pour être apparu dans un film. En 1947, il devient pensionnaire de la Comédie-Française puis sociétaire en 1953. En tout, Jean Piat restera 25 ans au Français, incarnant Molière, Don César dans Ruy-Blas, Alceste dans Le Misanthrope, Lucien dans Feu la mère de Madame, le Figaro de Beaumarchais mais surtout Cyrano de Bergerac en 1964 pour ne citer que ces rôles-là parmi les 95 qu’il interprétera au fil de sa carrière à la Comédie-Française. 

Jean Piat a incarné le baron d’Artois en 1972.
©Rue des Archives/Tal

Mais c’est en 1972 que Jean Piat marque les esprits (et le petit écran) dans la mini-série Les Rois Maudits dans le rôle du baron Robert d’Artois. Il rencontre par la suite le succès sur les planches : “Même heure l’année prochaine”, “Le préféré”, “L’étiquette”, “Le Dindon”, “De Sacha à Guitry”, “Le retour en Touraine”, “Les dernières lunes”, “Prof” et “La Maison du Lac” avec Maria Pacôme.

«C’est un métier qui vous récompense, la joie de jouer n’est comparable à rien d’autre, il ne faut jamais s’arrêter. Quand je ne joue pas, j’ai l’impression d’être privé de dessert ou de récréation», répétait Piat.

En 1997, il est récompensé du Molière du meilleur adaptateur d’une pièce étrangère pour “L’Affrontement”. Egalement pour le petit écran, il aura été le Lagardère de Jean-Pierre Decourt. Jean Piat tourne peu pour le cinéma à l’exception de La Rivale de Sergio Gobbi et regrettait de ne pas avoir obtenu un «grand rôle au cinéma». Néanmoins, il avait conservé son âme d’enfant et s’est illustré dans des doublages. Il prête sa voix au «méchant» Scar du Roi Lion, à Frollo du Bossu de Notre-Dame et au magicien Gandalf du Seigneur des anneaux. 
Reconnu pour son immense apport culturel au monde du théâtre, il est fait officier dans l’Ordre de la Légion d’honneur et officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Lors de la cérémonie des Molières 1999 il joue une saynète en compagnie d’autres grands noms du théâtre: Jacques Balutin, Robert Hirsch, Francis Huster…

En juillet 2017, il était remonté une nouvelle fois sur scène pour la pièce Love Letters aux côtés de Mylène Demongeot. Il disait à cette occasion : « Je ne pense pas au prochain rôle. (…) Je pense au cimetière. C’est peut-être la dernière pièce que je joue », avait-il affirmé à Europe 1. « Ce n’est pas triste, c’est une logique. On naît, on vit, on meurt : c’est aussi simple que ça. »