A l’occasion de son dernier film « Krank », long-métrage Franco-Allemand primé en festival et sorti au Saint- André des Arts en Février, rencontre avec la réalisatrice Caroline Chu pour revenir sur le film, son parcours et ses démons.

Vendredi, fin de semaine, fin de journée. Il est 18h quand Caroline arrive au lieu de rendez-vous, au pied de la Maison de la Culture du Japon. Dans ce sanctuaire de culture et de raffinement , sont projetés des chefs d’oeuvres d’Akira Kurosawa, de Yasujiro Ozu et de Kon Ishikawa.

Cette fois-ci , la rétrospective concernait une autre légende du cinéma nippon; Kenji Mizoguchi, connu pour ses films si complexes sur les démons familiaux et sur les conséquences de cette fatalité dans les générations précédant les chaos, injures et malédictions infligées par leurs ainés. Intéressant, car c’est précisément l’un des thèmes de Krank”, film sur le parcours de Maï, toxicomane vivant à Berlin et qui pour combattre sa dépendance revient à Paris chez son Oncle. Là, elle va creuser ses rapports de famille où les secrets vont ressurgir pour violemment l’atteindre et la détruire.

Un peu plus tard, dans un café des bords de Seine Parisien, un chocolat chaud fumant et l’entretien démarre. D’emblée , toutes les références aux films de drogue devenus chefs d’oeuvre du genre tels que Requiem for a Dream, Panique a Needle Park ou Mad Love in New York des frères Safdie sont éloignées car Caroline Chu nous explique que la drogue n’est pas le sujet du film :

“Le sujet est de savoir ce qui se cache derrière le mal-Etre de la personne. Les anti-dépresseurs utilisés par l’Oncle dans le film sont un moyen de montrer que chacun possède ses propres drogues, que tout le monde cache et utilise des moyens de maitriser une douleur qui est sous jacente et indélébile avec le temps. A la fin d’une projection, une femme touchée par le film est venue me voir. Elle m’a expliqué qu’elle avait perdu son fils à cause de la drogue… Tout ça pour dire que même si la drogue est essentielle dans les histoires de famille tragique, elles sont là pour cacher des démons complexes enfouis sous chacun.”

Nous sommes ensuite revenus sur la genèse du film et sur la conception de ce dernier :

“C’est après avoir réalisé Le Miraculé de Saint Sauveur , court-métrage sélectionné à Palmsprings, que l’idée m’est venue. Ma première fonction était celle de traductrice de film, qui me mettait en position d’intermédiaire entre la création et l’accessibilité aux autres . Après leur avoir donné l’envie de découvrir , je voulais leur montrer l’envie que j’ai eu de créer et de partager.”

La création du film a mis quatre années : entre les lieux, enregistrements , disponibilités des acteurs et calvaires de la post-production. Une façon de montrer qu’il faut être patient pour arriver à voir au fait de son travail.

Après cet entretien, Caroline est partie s’engouffrer dans le métro Parisien aux heures de pointe, afin de continuer à gérer sa vie de famille, son travail, mais de continuer à rêver et se battre pour créer et pour enfin pouvoir s’exprimer sur des sujets difficiles et cru, mais sincères et réels et qui, à l’image de son film, sont remplies d’idées prometteuses touchant déjà beaucoup de personnes.

–> Krank; réalisé par Caroline Chu, avec Mia Jacob, Guy Amram, Philippe Cariou et Yves Yan