Cyril Mokaiesh est un chanteur qui commence déjà à avoir un certain nombre d’années de carrière derrière lui. Aujourd’hui si l’on vous en parle, c’est suite à son duo avec Bernard Lavilliers et à ses textes à la fois touchants et révoltants mais toujours délicats et réalistes.

—> Racontez-nous comment vous en êtes arrivé là.

Ca a commencé lorsque j’avais 18 ans quand j’ai commencé à écrire mes premières chansons et puis j’ai fait des maquettes qui m’ont mené en studio à essayer  de faire des maquettes avec un éditeur. C’est là que j’ai rencontré des musiciens qui étaient de passage au studio et que j’ai formé un groupe, Mokaiesh, qui a duré 3 ans de 2008 à 2011. On a sorti un album, on a surtout fait beaucoup de concert, c’était mes premières chansons et j’avais la chance d’être bien accompagné par des personnes qui avaient plus d’expérience que moi. J’ai beaucoup appris, ça a été une première expérience très rock, mais déjà avec mes textes. On s’est séparés juste après le premier album, on avait des envies différentes pour la suite du coup j’ai écouté mon instinct et je suis parti en carrière solo.

—> Vous écrivez des textes assez engagés. Vous n’avez pas peur des réactions de certaines personnes ?

Non pas du tout, quand on écrit on essaie d’écrire quelque chose qui nous ressemble du coup la sincérité amène quelque chose qui n’est pas pour les oreilles de tout le monde. Je n’écris pas pour tout le monde, j’écris pour fédérer des gens qui puissent être concernés par une sensibilité, une révolte, une forme de poésie aussi.

—> Où trouvez-vous de l’inspiration pour vos textes et les titres de vos chansons ?

Je trouve souvent mon inspiration dans l’actualité, dans ce qui me traverse que ce soit les épreuves, les joies. Dans mon dernier disque,  je parle aussi de la paternité par exemple. J’évoque aussi la difficulté de l’existence pour les gens qui n’exercent pas de pouvoir par exemple, les gens comme moi en fait, et ceux qui ont aujourd’hui des conditions de vie qui sont assez mises à l’épreuve. J’aime aussi parler de politique, mais avec amour et d’amour avec fureur. Ce sont toujours des sentiments assez vifs qui m’inspirent naturellement.

—> Y a-t-il des concerts à venir ?

Il y a un concert à Paris le 28 février à la Maroquinerie et la tournée est en train de se monter en ce moment donc j’espère que j’en saurai plus rapidement.

—> Vous sortez un nouvel album le 20 janvier. Quel effet ça vous fait ?

C’est toujours excitant de sortir un disque, mais pas angoissant car ce n’est pas la première fois. C’est excitant comme un rendez-vous avec une fille qui nous plait, on ne sait pas ce qu’il va se passer mais on a hâte d’y être.

—> Quel est votre prochain objectif après la sortie de cet album ?

Ca va être de parcourir la France pour aller chanter ces chansons devant le plus grand nombre de personnes possible et puis peut-être en même temps de continuer mon travail d’auteur, de compositeur pour moi, peut-être pour les autres aussi et naturellement avoir des projets qui puissent exister en fonction de ce que je vais créer aussi. Donc le plus longtemps possible sur les routes et déjà commencer à penser à l’après parce que vivre de mon métier n’est pas une mince affaire alors pour se dire ce qu’il va se passer dans deux ans c’est encore plus compliqué.

—> Vous ne voudriez pas écrire pour le théâtre ou pour le cinéma ?

Non, à la limite les comédiens se sont souvent penchés vers la musique, moi c’est l’inverse, je suis musicien et je suis très attentif à ce qu’il se passe au cinéma, j’ai même eu une belle collaboration avec un réalisateur pour mon clip de La Loi du Marché, Stéphane Brizet. Je ne voudrais pas me rapprocher du cinéma aujourd’hui, mais je suis tellement sensible à cet art-là que je ne sais pas ce qui peut arriver par la suite.

—> Quel serait votre plus grand souhait à réaliser un jour ?

Je ne suis pas un rêveur, j’écris, je parle d’absolu dans mes chansons, mais dans la vie je n’ose pas trop regarder les étoiles et leur demander de réaliser mes voeux. Donc un joli souhait serait de pouvoir vivre pleinement de mon travail, mettre à l’aise mon enfant et sentir comme un progrès dans ma vie personnelle qui puisse faire que les choses se font moins dans la douleur ou dans la difficulté. J’aimerais une progression à travers ce disque.

—> Votre plus beau souvenir depuis le début de votre carrière ? Et votre pire souvenir ?

Des beaux souvenirs il y en a plusieurs. La rencontre avec Stéphane Brizet, celle avec Bernard Lavilliers. Il y aussi quelques concerts qui se sont très bien passés et qui ont été des joies immenses, notamment au Théâtre de l’atelier pour la présentation de mon album précédent, un beau concert à La Cigale avec mon fils dans la salle et tout le monde debout à la fin pendant un long moment, ce qui m’avait beaucoup ému. J’ai également beaucoup apprécié d’écrire des morceaux pour Elodie Frégé, qui seront sûrement sur son prochain album.
Et le pire souvenir c’est généralement le moment de gouffre entre deux albums, quand on ne sait pas trop ce que l’on va devenir. Heureusement, je crois toujours que ce que je fais a du sens et a le mérite d’exister donc je m’accroche.

—> Quel artiste vous inspire ?

Il y en a eu beaucoup. Je n’écoute plus un artiste de la même manière qu’avant. Il y a eu Noir Désir qui pour moi a été une forme de révélation rock et poétique à la fois donc ils m’ont beaucoup influencé. Ensuite, il y a eu la chanson française avec Léo Ferré, des anciens chanteurs engagés qui avaient une résonance chez moi alors que j’étais jeune. En plus de ça j’ai trouvé mes pères et j’avais envie de défendre ce style de musique avec des arguments de mon époque mais j’aimais bien l’idée de perdurer une tradition de chansons poétiques engagées. Il y a aussi Radiohead qui m’influence beaucoup musicalement et dans leur démarche.

—> Avec quel artiste français souhaiteriez-vous faire un duo ?

Il y a des duos à inventer qui pourraient avoir du sens. Je pense que je prendrais un artiste qui n’est pas dans la même veine et on pourrait s’imaginer une chanson qu’il faudrait créer sur mesure pour que ça surprenne et que ça nous surprenne à tel point que l’on s’en amuserait. Mais je ne sais pas avec qui car c’est une décision qui n’est pas anodine. Mais je suis ravi d’avoir pu chanter avec Lavilliers qui est un artiste que j’apprécie énormément, et si il y a un héritage à faire je veux bien assumer celui-là.

—> Que représente la musique dans votre vie quotidienne ? (pas forcément la musique que vous faites vous même)

Une journée sans musique c’est toujours plus triste mais j’estime que j’en fais beaucoup de la musique du coup je ne prends pas le temps de me séparer de mon travail pour écouter des choses. Je puise la musique au quotidien dans ce que je fais au quotidien et puis j’ai l’impression que j’ai commencé tard la musique donc j’ai encore tellement de choses à apprendre. Ce sont mes copains qui me font écouter plein de choses. Je suis un très mauvais DJ quand je fais des soirées chez moi donc je préfère les soirées chez les autres.

Merci Cyril !