Deux ans après “Les rencontres d’après minuit”, le premier long-métrage de Yann Gonzalez, et quelques mois après la sortie des “garçons sauvages” de Bertrand Mandico, le nouveau film de Yann Gonzalez “Un couteau dans le cœur” nous donne le sentiment d’être spectateur de l’émergence d’un nouveau cinéma lyrique, baroque et libéré.

Un couteau dans le cœur est construit selon un récit plutôt classique de film de série noire mais qui surprend et étonne par sa déconstruction des genres et sa mise en scène. Vanessa paradis joue, ave beaucoup de finesse, le personnage d’une femme au ciré noir, réalisatrice de film porno gay et en mal d’amour pour sa monteuse, qui enquête sur le meurtre en série dont sont victimes ses comédiens.

Le tueur en série homophobe, au masque de cuire, déambule dans les rues et tue les jeunes hommes au moment de l’orgie.

Le film met en parallèle des souffrances passionnelles et des frustrations dans un univers underground d’une beauté époustouflante et jamais malsaine, teinté de lyrisme, de symbolisme, d’érotisme et d’humour décalée. Les personnages du film sont très touchants dans ce qu’ils dégagent de jeunesse. Leurs déplacements sont rythmés comme dansant. Nous avons le sentiment de regarder une chorégraphie libérée de personnages en proie au désir, à l’amour et à la joie.

La force de Yann Gonzalez réside également dans sa talentueuse capacité à modeler les genres pour nous faire découvrir une atmosphère inédite. En lui ôtant tout formalisme, il s’inspire principalement du Giallo italien qui vient lui-même du whodunit et du slasher. Il y reprend, en plus de la structure scénaristique qui est à la frontière entre le film policier, le cinéma d’horreur et l’érotisme, cette esthétique très stylisée aux couleurs contrastées que l’on peut retrouver dans les films de Dario Argento.  Mais il ne fait pas qu’utiliser le genre, il le détourne pour lui donner toute sa profondeur. Il fait de l’homosexualité une normalité dans un genre qui le considérait comme une déviance. Nous avons également par moment l’impression d’être imprégné dans un film fantastique aux touches naturalistes. C’est un mélange d’inspirations, de genres cinématographiques différents. Mais au delà de ça, le film apparaît comme profondément personnel et très marqué par l’esthétique de Yann Gonzalez.

Porteur de nostalgie et d’espoir

Lors de la dernière séquence, nous nous retrouvons dans un paradis d’hédonisme et de liberté perdu mais rempli d’espoirs. Le film s’imprègne des préoccupations de la jeune culture queer et de son état d’esprit pour donner naissance à une œuvre qui ne pointe pas du doigt l’homosexualité mais au contraire le dédramatise pour en faire une normalité. Nous pouvons considérer que la force et la poésie de ce film réside ici. Ce n’est pas un film sur l’homosexualité, il s’agit d’un film de philosophie queer avec tout ce qu’elle représente en termes de dépassement des frontières et des appellations.

C’est un film sur la passion, le désir, la souffrance et la liberté.

Un nouveau cinéma est en train de naître grâce à des cinéastes passionnés et passionnants qui font des films d’une fraîcheur et d’une poésie extraordinaire, résonnant au sein de la jeunesse d’aujourd’hui.

Yann Gonzalez, accompagné de Bertrand Mandico et bien d’autres, donne naissance à un cinéma sans code, un cinéma sans genre, un cinéma du désir, un cinéma humain.