20 danseurs, un endroit clos, une sangria, de la musique et de la danse, ces jeunes gens se retrouvent ivres de sangria et drogués à leurs dépens…
La fête laisse place à la névrose et à la violence…

Le paradis et l’enfer ne sont jamais très éloignés…
La musique et la danse seront-elles des moteurs pour les sauver ?

Gaspar Noé est un réalisateur qui se joue des codes du cinéma et de la bienséance pour offrir à son spectateur des images chocs dont il se rappellera toute sa vie (le viol de Monica Bellucci dans IRREVERSIBLE, la scène de sexe entre 3 personnes dans LOVE…) : c’est l’une de ses signatures dans le monde du cinéma…
3 ans après LOVE qui a fait sensation et scandale, le réalisateur est revenu en mai dernier au Festival de Cannes pour son dernier film CLIMAX. Il est reparti avec le prix ART CINEMA AWARD de La Quinzaine Des Réalisateurs, récompensant les œuvres les plus innovantes, les films qui ont du mal à sortir en salles ou les premiers films.
Avec ce prix, Gaspar Noé profite donc d’une reconnaissance appuyée ainsi que d’une diffusion dans les salles de cinéma classées Art & Essai du monde entier.

Depuis la sortie de LOVE en 2015 et son lot de polémiques pour savoir si le film devait avoir une interdiction aux moins de 18 ans ou non, Gaspar Noé était resté très silencieux… Jusqu’à Avril 2018 quand le logo de son nouveau film CLIMAX est dévoilé par Wild Bunch et par sa société de production Les Cinémas De La Zone.

Depuis la diffusion du film à Cannes en Mai 2018, la production « s’amuse » à sortir sur les réseaux sociaux des messages utiles de prévention qui sont aussi des spots promotionnels pour le film.

Les films de Gaspar Noé sont toujours très attendus par un public averti, amateur de sensations fortes et cruelles, de tumultes et de chaos. Ou simplement amateur d’esthétique de l’image…
Donc le rendez-vous est pris pour la sortie de CLIMAX le 19 septembre 2018 !

Le film est un huis clos tourné en 15 jours avec des acteurs non professionnels excepté Sofia Boutella (Kingsman : Services Secrets, Atomic Blonde ou La Momie sortie en Juin 2017) et Souheila Yacoub (Les Affamés).
Pour le spectateur, l’avantage d’un casting non professionnel est capital car notre attention n’est pas fixée sur l’admiration que nous avons pour l’acteur et son jeu. Notre regard sur le film est plus général, on est absorbé par tout le monde et toute l’histoire, par tous les faits et gestes de chacun des personnages, par le rythme et la musique, par les prouesses physiques et la danse. Mais nous sommes aussi des Sherlock Holmes qui enquêtent pour connaître la vérité sur cette sangria…

CLIMAX est un événement beau mais brutal dans sa construction.

Même si nous connaissons bien une personne, il peut arriver un jour ou l’autre par hasard qu’on ne la reconnaisse plus car elle est sous influence, c’est brutal, déstabilisant et choquant. La beauté de la construction du film vient de là, de sa réflexion : tous les personnages tendres et heureux se changent très vite sous influence et leurs travers violents ressortent.
Chaque plan du film est réfléchi pour mettre le spectateur mal à l’aise afin de l’inviter à réfléchir sur le présent et sa façon de le vivre. Un présent doit être vécu intensément, dans l’excès même, sous peine de le voir très vite se dénaturer et tomber dans l’oubli. L’un des messages de CLIMAX sera donc que le présent appartiendra à un passé qui reste seulement si ce présent aura été puissant.

Benoit Debbie (directeur de la photographie) a fait en sorte que chaque détail soit visible à l’image mais c’est au spectateur de le chercher… Il y a un notamment un énorme travail sur la couleur. Revenons par exemple sur le drapeau et l’omniprésence de ses couleurs : Le bleu symbole de la vie et de la découverte au sens propre et figuré, sous influence ce bleu deviendra vite étouffant. Le blanc symbole d’unité et d’équilibre parfait va de plus en plus basculer vers un beige symbolisant une certaine mutation des personnages. Le rouge qui joue sur les paradoxes et les côtés passionnels va intensifier la violence.

Les images du film nous font tourner la tête car la caméra n’est jamais stable, elle est un observateur omniscient qui suit les mouvements des danseurs et le rythme de la musique. Se dégage donc une puissance et une énergie presque tribales comme une transe ou une extase.

La musique est un personnage du film, elle a un effet sur le physique et le mental comme si elle manipulait les êtres. Une partie a été  composée par Thomas Bangalter de Daft Punk (il avait signé les bandes originales de IRREVERSSIBLE et de Enter The Void). Il a fait en sorte que toutes les musiques « correspondent » aux personnages et s’attachent à leurs évolutions au cour du film grâce à des sonorités fidèles et progressives. Au-delà de la bande originale composée, nous retrouvons des musiques connues de tous comme Angie des Stones ou Supernature de Cerrone.

Avec Climax comme avec d’autres films de Gaspard Noé, il ne faut pas attendre que les scènes nous soient facilement données.

« Ce film montre toutes mes obsessions ! » disait le réalisateur dans une interview lors du dernier Festival de Cannes. Le long métrage invite à une réflexion abstraite sur la conduite humaine et sa faculté à devenir violente en très peu de temps. L’alcool est un des moyens mais pas uniquement et le film ouvre cette voie de réflexion.
Il est très difficile pour le spectateur d’éprouver de l’empathie pour ces personnages car ils sont dans l’excès. Leurs part de violence est exacerbée par l’alcool et la drogue, même ceux que l’on pourrait croire « gentils » ont eux aussi une part d’ombre. Tous les personnages sans exception sont perdus dans le registre de la violence.

Gaspar Noé s’intéresse à la « folie joyeuse » avec la danse mais aussi à la « folie homicide » qui n’est pas sans rappeler le long métrage Schizophrenia de Gerard Kargl. En effet, on y voit tous les faits et gestes des personnages, le film prend son temps et insiste sur les détails, tous les détails. La violence est ici un personnage au caractère irréversible qui pousse la brutalité tellement loin qu’elle dégénère. Et pourtant le ton employé pour parler de ces fâcheux “événements” est plus un ton drôle que dramatique, même si à la base il s’agit d’un fait divers. En effet, on a l’impression que Gaspar Noé prend un malin plaisir à faire souffrir les personnages, tout en essayant de faire comprendre au spectateur ce qu’il faut faire ou ne pas faire dans sa vie, sans vraiment être moralisateur.
La provocation est l’une des matières principales des films de Gaspar Noé mais dans CLIMAX, elle incite aussi à la réflexion : avec ces images chocs, est-ce vraiment la bonne solution pour amener à la prise de conscience ?

 

On peut ici parler de film choral car il reprend des sujets et images déjà vues. Par exemple, la scène du miroir dans CLIMAX est la même que dans Enter The Void : le personnage a peur de ce qu’il est et de ce qu’il devient sous influence. Autre exemple, le couloir est techniquement filmé de la même façon dans CLIMAX que dans Irreversible : la caméra tourne en continu pour exprimer la folie.
Les dialogues du film sont très courts mais le réalisateur dit tout avec le rythme, les images et les couleurs : il nous plonge dans sa réflexion sur sa conception de ce qu’est un collectif et sur sa vision de l’humain.

Gaspar Noé pense et réalise ses films comme des « montagnes russes » dit-il, c’est pour cela qu’ils sont si réfléchis et représentatifs du monde d’ aujourd’hui. Il signe ici un long métrage qui montre la violence et la folie humaine dans son excès. Il sait qu’en parlant du sujet à sa manière, il dénonce les hommes qui plongent, mais il dénonce aussi les produits légaux ou  illégaux comme des destructeurs…
Au final, cette dénonciation prouve que dans tout excès, il y a au début un humain avec toutes ses forces et ses faiblesses
, que cet humain est bon mais qu’il peut aussi se détruire.

CLIMAX est un spectacle rempli de sens et de réflexion dans l’idée que chaque être humain doit se faire confiance.