Après deux EP sortis en 2016, Killason proposera un 3ème EP le 26 janvier, date de sa sortie. En attendant, le jeune rappeur de 23 ans nous tient en haleine avec le clip de son nouveau single Blow. Un clip électrique, une chorégraphie sensuelle, un texte engagé. Nous avons voulu en savoir plus sur ce rappeur aux multiples facettes. Rencontre.

C’est à Paris dans les locaux d’Euphélide que le jeune prodige nous attendait. A l’heure du petit-déjeuner, entre cafés et viennoiseries l’ambiance détendue était propice aux confidences. Du haut de ses 23 ans, KillAson, lorsqu’on l’écoute, nous donne l’impression d’avoir vécu plusieurs vies, et tester plusieurs carrières. Bien qu’il ait une équipe avec lui, son talent est indéniable. Et grâce à sa famille mélomane, entre production musicale et danse, le jeune homme a baigné dans les arts depuis tout petit. En commençant breakdancer, il a gagné de nombreuses compétitions et est reconnu dans le milieu de la danse hip-hop (ndlr il fait partie d’un des collectifs hip-hop les plus connus en France : Wanted Posse). Aujourd’hui dans la musique, il a gardé son nom de Bboy KillAson et a choisi de rapper en anglais. Une fois de plus le rappeur excelle dans la maîtrise de cette langue,  en créant des performances sur un flow au débit soutenu qui détrônerait presque Eminem. C’est le cas sur son nouveau single Blow, c’est d’ailleurs à travers ses performances vocales que KillAson exprime la tension qui ressort de son texte engagé. Il vous en dit plus ci-dessous.

« Defining migrants as animals is deperately normal
Media called the city of Calais a jungle
People trust people like fatality trusts hope
A poisonous fearful flame keeps on blazing the votes »

Peux-tu te présenter à nos lecteurs?

Moi c’est KillAson ou Marcus pour les plus intimes, je suis danseur, chanteur et amuseur

Il y a un mélange de genre dans tes musiques, comment définirais-tu ton style?

La base c’est le hip-hop, mais c’est sur que c’est beaucoup plus large que ça. Nous on parle surtout d’ « energy music » donc ce qui importe c’est l’énergie qui s’y dégage, qu’importe le style musical. Il y a des morceaux qui sont plus électro surtout en live, d’autres qui sont plus pop et d’autres rap hip-hop. L’objectif c’est de garder cet éclectisme là mais quand même d’être reconnaissable, d’une manière que je trouverai. Je vais bosser là dessus.

Pourquoi utiliser l’anglais dans tes textes et dans ta communication?

Ça a toujours été évident pour moi, ça s’est fait tout petit. J’ai des parents mélomanes, j’ai pas connu le hip hop à 12 ans, mais dès que je suis né j’ai eu cette chance. J’ai été baigné dans ce flux artistique qui était en majorité anglophone.

Ton nouvel EP STW2 sort en janvier, qu’est-ce qui le diffère du précèdent?

C’est la conclusion du diptyque. Stw2 vient asseoir davantage ce que j’ai voulu mettre en place dans STW1, quelque chose d’assez aérien, mais assez présent en terme d’énergie. Donc il y a des morceaux comme le premier qui s’appelle Free, beaucoup plus pop, beaucoup plus musical et chanté où j’utilise ma voix de tête. C’est pas facile comme morceau d’un point de vue technique, mais c’est super intéressant. J’aimerai aller davantage vers cet univers.

On peut déjà écouter le premier single Blow…

Ouais Blow il y a ces deux aspects-là. Il y a un aspect un peu plus aérien et il y a toujours un autre aspect un peu plus rock, plus rentre-dedans, avec de grosses guitares électriques un beat un peu électro hip-hop. Et t’as des sons beaucoup plus rap/hip hop comme Ghost mais qui ont aussi une sonorité électronique. Je pense que c’est les points à retenir de STW2 : il est très dansant et chanté dans sa globalité, il y a une cohérence dans les mélodies, les sonorités qui s’y dégagent et voilà c’est de l’énergie!

Donc tu composes, rappes, danses et produis.. C’est toi qui fais tes clips aussi?

J’aime beaucoup collaborer, j’aime les échanges d’idées. Mais non, je ne fais pas mes clips ce n’est pas moi qui réalise, mais j’ai un oeil sur le montage, avec mon équipe on est très carré là-dessus. Pour nous un clip ça fait partie de la formule maîtresse d’un artiste. Pour moi c’est le live et les clips. Avec le live tu arrives à dégager énormément d’émotion et dans les clips c’est pareil pour moi.

Dans l’écriture d’un morceau quelle partie préfères-tu?  Et est-ce que ton but est de raconter des choses à travers tes musiques ?

Oui j’ai envie de raconter des choses, je suis un grand fan de cinéma donc j’aime beaucoup les histoires et si je peux faire du storytelling dans mes sons je le ferai et je vais le faire de plus en plus, pour qu’on est vraiment l’impression d’entrer dans une saga. Sinon, j’aime beaucoup faire les productions mais j’aime aussi poser les mots sur la prod’. Surtout quand ça match car dès fois ça le fait pas t’es obligé de changer de tonalité ou des morceaux où tu voulais chanter et en fait tu rappes, et inversement. Le prisme de possibilité est assez large.

 Et justement ton nouveau single Blow, il parle de quoi? Il est assez engagé…

Oui il est plus engagé que ce que je fais d’habitude. J’ai écrit Blow dans une période un peu obscure. C’était au lendemain des attentats du 13 novembre et on était en période de pré-élection, on avait l’ombre grandissante de Marine qui montait. En même temps il y avait aussi toute cette histoire avec le traitement de ces gens, qui arrivent du sud pour remonter, qu’on appelle les migrants. Blow c’est se préparer avant l’apocalypse. On a pas envie que nos vies se transforment en survie, mais si ça doit être le cas mes armes sont prêtes, en espérant que ce soit des armes artistiques. C’est d’ailleurs la fin du morceau : j’espère que cette arme ne sera pas une arme de sang et plutôt une arme artistique.

© Fallon Bouvier

Au début, tu produisais tes sons tout seul?

Oui mais j’avais déjà mon beau-papa qui produit et qui est mon mentor niveau production. C’est lui qui m’a donné un ordinateur, c’est lui qui m’a formé, donc dès le début on était à deux. Dès que j’avais un problème, je l’appelais et encore maintenant, il me montre plein de choses et continue de me former.

Ton projet ressemble beaucoup à celui de Rilès,un rappeur originaire de Rouen, tu le connais?

Oui bien-sûr

On a tendance à penser que c’est dur de percer dans le milieu du rap, est-ce que tout faire « seul » de la production, à l’écriture, à la communication, c’est une quête de liberté et la clef pour percer ?

C’est sur que d’être Do it Youself c’est plus facile mais il faut faire attention à pas se perdre. Si tu arrives à être totalement organisé et à faire du contenu de qualité c’est parfait car il y a des gens qui veulent tout faire tout seul mais c’est un peu bancal. Mais je suppose que Rilès tout comme moi, a des gens qui le supportent bien. Je ne suis pas seul, j’ai un graphiste, un maquettiste, quelqu’un qui fait le mix et le mastering etc et moi je continue d’apprendre… Mais il est sur que moins tu as gens qui interagissent et qui ont d’influence sur ton projet plus tu as les chances de faire ce que tu veux faire, après il faut avoir les capacités. Rilès est très talentueux très travailleur, je travaille beaucoup aussi et j’ai mes facilités, mais il ne s’agit pas de s’asseoir dessus.

Quels sont tes futurs projets ? Est-ce que tu as prévu des collaborations ? Des featurings ?

Oui, featuring je pense que ça va arriver, j’ai la chance d’être sur un des sons de Shakaponk, sur leur dernier EP. J’ai aussi monté un label avec ma famille donc l’objectif c’est de produire d’autres artistes, c’est le gros challenge de 2018.

Tu as arrêté tes études ?

Non je suis en année de césure, j’ai un an pour développer mon entreprise. J’ai le statut d’auto-entrepreneur. L’année prochaine je reprends mon Master 2 en communication à Paris Dauphine.

Et KillAson ça vient d’où ?

« Son » ça vient de mon mentor dans la danse, qui s’appelle Dedson Killa. Et KillA car on me surnomme toujours deadson killa, un fan de musique jamaïcaine et sur le dancefloor c’est un tueur. Et ça a été évident quand j’ai été sacré Wanted, premier groupe sacré champion du monde à la Battle of the year. Il était évident d’un côté symbolique que je devienne KillAson, il ne faut pas le prendre au sens latéral du terme.

Et pour finir ton EP sort quand ?

L’EP sort le 26 janvier 2018 et le single Blow sort le 24 novembre avec un gros clip, j’invite tous les internautes à aller le checker de ce pas..

Nous remercions KillAson, et Euphélide pour cet interview.