Lola est en vacances, elle est seule, elle s’ennuie. Comme de nombreux ados elle n’a pas confiance en elle et s’imagine une vie sur les réseaux sociaux : suivre Miss Billy une influenceuse beauté et lifestyle sur Instagram, est devenu son quotidien. Lola passe son temps à liker et commenter les posts, espérant un signe de son idole. Elle souhaite aussi devenir influenceuse : de Lola, elle passe à Miss Lola…

L’immersion est totale

Le format est original, universel, jeune, le rythme est rapide…
Ce court métrage nous met directement en immersion à travers le téléphone de Lola, jeune ado de 15 ans qui se cherche. Nous avons l’impression que les personnages s’adressent à nous. C’est à la fois perturbant et gênant car il est impossible pour le spectateur de faire un choix entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le jeu et la réalité : où sont les limites ?
Bien que nous soyons au plus proche des personnages, Sandy Lobry, la réalisatrice, a fait le pari de nous faire prendre conscience qu’au travers d’un téléphone, il peux y avoir du bon comme du négatif. Et ici le ”bon” s’efface peu à peu pour laisser place à l’un des versants sombres du téléphone : Les réseaux sociaux.

INFLUENCEUSE un court métrage de Sandy Lobry

L’impact des réseaux-sociaux

Au fil des ans, les réseaux sociaux ont pris une place de plus en plus importante dans la vie des gens, surtout chez des personnes de plus en plus jeunes. Aujourd’hui, une personne sans réseaux peut malheureusement être considérée comme hass-been pour certains. Mais le court métrage rappelle qu’il est important de se rendre compte que ce n’est pas la vraie vie et que le danger guette car caché derrière un écran, l’activité d’une influenceuse peux largement dépasser la limite d’un simple conseil…
Lola qui a perdu sa mère, se sent seule et trouve le côté féminin nécessaire à sa construction en la personne de Miss Billy. Elle veut ressembler à son ”idole” et suivre le même chemin qu’elle vers la féminité, elle attend des réponses qui ne viennent jamais et s’enferme alors dans une certaine rupture familiale et sociale. Et c’est bien là le problème, la diminution de la sociabilisation et la rupture avec la famille en cas d’absence de limites. Les influenceuses jouent sur un côté faible de leur followers, tout en profitant d’eux et de leur ”naïveté” lorsqu’ils achètent des produits ou téléchargent des applications.

Un format résolument jeune et original, deux actrices talentueuses Lauréna Thellier et Alix Bénézech, une mise en scène brillamment intéressante, des sujets importants, universels et très actuels, tout est là pour faire de ce court métrage un moment très édifiant car on ne rappellera jamais assez à nos jeunes qu’il est primordial de faire attention à l’utilisation des réseaux sociaux.
Maintenant, laissons Alix Bénézech nous parler du film !

Entretien avec Alix Bénézech

Photo provenant du site https://alixbenezech.com/

Qu’est ce qui vous a donné envie d’accepter ce rôle ?

Le challenge d’incarner une influenceuse, mais aussi le sujet fort du film. 
Le challenge parce que j’avais conscience que la difficulté était de maîtriser parfaitement les codes, les gestes, les attitudes d’une influenceuse star d’Instagram et en même temps de ne jamais tomber dans la caricature. Je me suis simplement imaginée dans cette vie et j’ai trouvé cela très excitant et amusant. Je me suis prêtée au jeu à fond.
Et surtout le scénario de Sandy Lobry avait du sens, il porte un message fort, j’aime ce genre de film qui donne à voir, qui analyse, interpelle sans tomber dans le côté moralisateur. J’ai lu récemment une phrase de Lars Von Trier “Un film doit être comme un caillou dans une chaussure.” Et c’est exactement cela !

Dans ce court métrage, il y a plusieurs messages : le principal s’adresse d’abord aux jeunes adolescents parce qu’ils sont assez ”influençables” et aux parents qui ne ”surveillent” pas assez l’activité de leurs enfants sur la toile donc toutes les familles devraient s’identifier. Pourtant, les ”ravages” sont de plus en plus nombreux. Pourquoi cela ne marche pas à votre avis ?

Je ne dirais pas que les jeunes sont “influençables” et les parents ne “surveillent” pas assez, cela donne une vision manichéenne des choses et je ne suis pas sûre qu’il faille généraliser. “Influenceuse” raconte l’histoire d’une adolescente, l’histoire est choquante, c’est une réalité, Sandy Lobry s’est beaucoup documentée. Cela choque, cela donne à réfléchir pour qu’on prenne conscience des dérives possibles. Je crois en la vertu de l’éducation. Les films donnent à voir, à réfléchir, l’éducation peut prendre le relais. Les parents bien sûr (qu’ils soient conscients de ces dangers, qu’ils soient à l’écoute et qu’ils protègent leurs enfants), l’école, les profs (j’ai suggéré l’idée de créer un espace de réflexion et de parole, pourquoi ne pas envisager quelque chose avec l’Education Nationale ? Un cours, un atelier qui parle des réseaux sociaux), mais aussi la société, l’Etat (pour protéger les plus jeunes et les plus vulnérables, il est nécessaire de légiférer) et nous tous finalement. Quand on est conscient du problème, on peut être plus attentif.

Les réseaux sociaux, Instagram, le format téléphone de ce court métrage, tout est fait pour rentrer en immersion. Le but est la sensibilisation ?

Oui, cette immersion totale permet de ressentir vraiment les émotions des personnages et d’être plongé dans cette histoire comme si nous étions Lola, Miss Billy, le père. Il y a une vertu cathartique.

Les grandes marques profitent de ce système non ? Votre personnage met en garde ou profite de ce système ?

Encore une fois, j’essaie de ne jamais généraliser. On vit une période où il est facile de faire des raccourcis, de généraliser, d’expédier la pensée. J’ai été éduquée à l’analyse, à la complexité, je suis une adepte de Proust, donc forcément des nuances.
Il est important de comprendre que les réseaux sociaux sont une nouvelle vitrine pour les marques, c’est un espace publicitaire. La difficulté c’est que la pub n’est pas toujours annoncée clairement. Les marques veulent promouvoir sans montrer qu’elles le font. Les influenceuses sont ainsi les nouvelles ambassadrices des marques et elles rivalisent d’ingéniosité pour vendre un produit sans en avoir vraiment l’air. Certaines sont plus subtiles que d’autres, certaines sont parfaitement sincères, d’autres tombent dans le cynisme. C’est cette réalité que Sandy Lobry a voulu montrer. Le cynisme des codes promos cachés derrière des messages plein d’émotions destinés à un jeune public souvent convaincu d’avance car fan de l’influenceuse. Tout est dans le mot “fan”. Le pouvoir de l’image et l’émotion est décuplé sur les réseaux sociaux, la proximité de l’écran d’un téléphone est absolu, on touche au plus intime, c’est du pain béni pour les marques. 
C’est pourquoi il est essentiel d’éduquer, permettre dès le plus jeune âge d’analyser les images, de prendre du recul, de comprendre et donc de choisir, de développer son libre arbitre. Dans une société de l’immédiateté, prenons ce temps là. 

Dans une interview vous avez expliqué que vous êtes plutôt timide. Ici vous jouez l’opposé d’un personnage timide, comment avez vous réussi à jauger cela ? C’était difficile pour vous d’incarner une instagrameuse ?

C’est mon métier. Tout simplement. J’ai choisi ce métier car il m’apporte la liberté d’explorer et d’exprimer tout ce qu’il est possible d’exprimer. C’est un jeu, il y a un véritable plaisir à cela et c’est un travail, une responsabilité, la mienne est d’être le plus authentique possible dans le personnage qu’il m’a été donné d’incarner, au service d’un auteur et d’une histoire.


Dans “Influenceuse” on assiste a une ascension des émotions et de la violence. Est-ce une énième mise en garde ?

Je ne sais pas si c’est une mise en garde, mais c’est le reflet authentique de ce que l’on a pu voir récemment sur les réseaux sociaux. C’est sans doute pour ça qu’il y a urgence à apaiser cette colère et cette violence. 

Comment la réalisatrice Sandy Lobry a t-elle choisi de vous diriger ? Techniquement comment s’est déroulé le tournage ? Parlez-moi s’il vous plaît de ce format téléphone qui est assez original…

La direction d’acteurs a commencé dans le choix des acteurs, elle savait exactement ce qu’elle voulait. Elle m’a proposé le rôle de Miss Billy sans me faire passer d’audition. Nous n’avions jamais travaillé ensemble mais elle a m’a fait une confiance totale. Et moi aussi. Cela m’a donné la liberté de créer ce personnage et de lui donner toute la sincérité possible pour ne jamais être caricaturale.
Ensuite, elle m’a demandé si je pouvais donner la réplique au casting du personnage de Lola. C’était une très belle expérience. Toutes les Lolas étaient fabuleuses, elles apportaient quelque chose de très personnel. J’ai donné la réplique à Amélie Jegou, Clara Moati et Ciné Jazz qui sont les copines de Lola dans le film. 
Nous avons fait des répétitions avant le tournage sans trop fixer les choses car il fallait garder la spontanéité, surtout pour les dernières séquences. 
Sur le tournage, il y a tout l’aspect technique qui était important. Je donnais la réplique à un téléphone. Bien sûr pour les story comme le font les influenceuses (il fallait que cela soit parfaitement maîtrisé et crédible) mais aussi pour les scènes de jeu. Sandy nous dirigeait parfaitement bien pour que le décor apparaissent exactement comme il faut, qu’on ne voit ni l’ingé son, ni la chef opératrice (c’était une difficulté notamment quand il y avait un miroir). On fait parfois l’expérience en tournage de donner la réplique à un morceau de “gaffeur” collé à la caméra ou à côté quand le cadre ne permet pas de mettre l’acteur en face, mais là c’était complètement inédit. J’adore les challenges alors j’ai trouvé cela très fun. Et puis j’ai beaucoup d’imagination, j’aime la façon dont ce métier pousse mon imagination toujours plus loin. C’est un aspect du métier que j’adore, c’est un peu un tour de magie.

Avec ce personnage, pensez vous avoir exploré une part d’ombre car Miss Billy reprend sa vie normale rapidement et sans modifier quoi que ce soit dans son profil ?

Le Cinéma permet de voir ce que l’on ne montre pas forcément, le plus intime, le moins confortable, le public aime voir comme à travers un trou de serrure ce qui se passe dans l’âme d’un personnage. Et finalement cela parle de nous, de la part d’ombre de tous les humains. C’est pour cela que ça nous touche. Le public ne vient pas voir Miss Billy, ni Lola, il vient se voir lui. Comment aurais-je agi dans cette situation? Telle est la question?
J’aurais aimé que la situation fasse changer Miss Billy. On ne s’y attend pas, à cette réaction tellement cynique. Sandy Lobry voulait aller au bout de ce cynisme, parce que c’est hélas une réalité. Il n’y a pas toujours de happy-end. Miss Billy reprend sa vie, y-a-t-il une véritable prise de conscience possible? C’est sur cette interrogation que se finit le film. A nous de faire en sorte que ce soit le cas.

Jean Luc Godard disait ”Avec le cinéma on parle de tout et on arrive à tout” on est totalement au cœur du sujet non ?

Oui cela définit bien la liberté qu’offre le Cinéma, son potentiel illimité, ça aussi c’est magique.

Pour vous c’est qui Alix Bénézech ? 

Un mystère. Comme Socrate, scio me nihil scire. C’est de l’humour bien sûr, mais plutôt que parler de moi, je préfère que l’on me découvre à travers les films.

“Influenceuse”, un court métrage écrit et réalisé par Sandy Lobry avec Alix Bénézech et Lauréna Thellier, à visionner ici . Ce court métrage a reçu l’aide du Centre National Du Cinéma Et De L’Image Animée – CNC TALENT

Vous pouvez retrouver Alix Bénézech tout le mois d’août sur vos écrans !

Télévision :
La saison 4 de NINA sera rediffusée à partir du 12 Août sur France 2. Alix incarnera Jenny dans le film FRACTURES de Harry Roselmack diffusé le 26 Août sur CANAL +

Téléphone / Ordinateur :
La ville de Paris a créé une série parlant de la libération de la ville. On retrouvera la série du 17 au 29 Août sur tous les réseaux sociaux de la ville de Paris.

Cinéma :
Certaines villes proposent de vous faire découvrir ou redécouvrir en salle ou en plein air le film MISSION IMPOSSIBLE – FALLOUT dans lequel Alix Bénézech est au casting.